Nous
Nous les extravagants, les bohèmes, les fous,
Nous qui aimons les filles,
les liqueurs fortes,
la nudité mouvante des tables
où s’érige, phallus,
le cornet à dés.
Nous les écorchés de la vie, les poètes.
Nous qui aimons tout, tout;
l’église, la taverne, l’antique, le moderne,
la théosophie, le cubisme.
Nous aux cœurs puissants comme des moteurs
qui aimons les combats de coqs, les soirs élégiaques,
le vrombissement des abeilles
dans les matins d’or,
la mélodie sauvage du tam-tam,
l’harmonie rauque des klaxons,
la nostalgie poignante des banjos.
Nous, les fous, les poètes,
nous qui écrivons nos vers les plus tendres dans des bouges
et qui lisons l’Imitation dans les dancings.
Nous qui n’apportons point la paix,
mais le poignard triste de notre plume
et l’encre rouge de notre cœur !
Carl Brouard, extrait de « Anthologie secrète », Mémoire d’encrier
Carl Brouard naît le 5 décembre 1902 à Port-au-Prince d'une famille bourgeoise. Son père, Rafaël Brouard, est un négociant de la Place ; sa mère, Cléomie Gaetjens, une bourgeoise puritaine. Le couple a eu quatre enfants. Brouard vit une enfance heureuse dans les frais ombrages de Bizoton. En octobre 1907, Carl Brouard est inscrit à l'école Erima Guignard. En 1912, il est accepté au Collège des Pères du Saint-Esprit en classe de huitième. Il est déjà un grand amateur du Moyen-Âge. L'année d'après, il quitte le Collège du Saint-Esprit pour étudier sous la supervision de Catts Pressoir, alors en deuxième année de médecine.
Carl Brouard a seize ans quand les marines débarquent en Haïti. Le jeune Brouard en est meurtri : « 28 juillet 1915. L'Américain foulait notre sol. Bien qu'alors en pantalons courts [...] la mélancolie dilata nos yeux ». En 1919, Brouard achève son cycle d'études scolaires chez Catts Pressoir. C'est un jeune homme curieux qui se nourrit de la vision nationaliste de Jean Price-Mars, auteur de La vocation de l'élite. [www.lehman.cuny.edu] voir aussi [www.lehman.cuny.edu]
Carl Brouard, poète conteur, est cofondateur de la revue indigène en 1927 et de la revue : les Griots en 1938.
Nous vous invitons à écrire à partir de :
« Nous les extravagants, les bohèmes, les fous,
Nous qui aimons … »
1
LA nuit je veille, contemplant un éclair
Surgi d’un nuage subitement clair
Et si proche, à même le sol,
Que celui qui se lève pourrait avec ses mains l’atteindre et le pousser.
2
Lorsque nous étions sous l’ombre de leurs lances,
J’ai tendu la main vers le sol afin de le toucher.
Il ne sied pas qu’on blâme un homme pour la faiblesse d’un jour
Alors qu’il fut réputé pour sa hardiesse.
3
Dans mon éloignement, avec l’eau pure
Je vous écrirais si avec elle on pouvait écrire.
Aws ibn Hijr
Mort vers 620
« La langue arabe est une langue du surgissement, de la déflagration. Langue d’étincelles et de vision, une extension humaine de la nature et de ses secrets. Dans chaque grand poème arabe habite un second poème qui n’est autre que celui de la langue. Et l’existant direct n’est pas le monde mais la langue.
Aussi est-elle chez l’arabe préislamique l’énergie créatrice et chez l’arabe, de façon générale, un don divin. »
Le Dîwân de la poésie arabe classique, Poésie/Gallimard.
Une traduction est toujours une trahison, c’est encore plus vrai de l’arabe vers le français.
Nadine qui vient d’apprendre que l’édit de Nantes avait été signé à Nantes invite ceux qui le souhaitent à écrire à partir de :
« Je t’écrirais avec l’eau … »
" A l'heure où pointe l'étoile de l'hiver
Je reçus l'hôte qui fut par les aboiements annoncé,
Alors qu'il souffrait du froid de la nuit.
Eclairs et vents enveloppaient ses habits.
Je l'invitai à entrer mais ne l'ai point blessé
En évoquant l'exiguïté du lieu.
Jamais un pays n'est étroit pour ses habitants
Mais deviennent médiocres les moeurs des gens."
'Amrû Ibn al-Ahtam
Il fut réputé pour sa beauté et sa noblesse (qui dirait le contraire à lire cette traduction ?). Il mourut en l'an 677, 57 de l'Hégire.
S'il fallait proposer une contrainte d'écriture, je partirais de :
"Jamais un pays n'est étroit pour ses habitants".
Accepteriez-vous de jouer avec Nadine et moi ?
Dominique
Les poèmes proposés sont extraits de "Le Dîwân de la poésie arabe classique", NRF Poésie/Gallimard, Paris, 2008.
Quand Nadine caquette
Dans le grand débat, bat
Démocratique, tic
Nadine caquette, quête.
Quand Nadine caquette,
Je remets ma casquette
A l’envers.
Quand Nadine caquette
Je me sens musulman.
Quand Nadine hoquette
Moi, je ne fais pas son procès
Sa situation moi je la respecte.
Ce que je veux, c’est qu’elle se sente française
C’est qu’elle aime la France
Dans sa diversité.
Quand Nadine claquette
Je remets ma casquette à l’envers.
Quand Nadine maquette
Ce que je veux c’est qu’elle trouve un travail
A la bonne franquette.
Ce que je veux c’est qu’elle ne parle plus la langue de bois
Celle qui dit à l’envers la vie.
Quand Nadine quête des voix coquettes
Ce que je veux c’est qu’elle remette sa casaque
A l’endroit.
Quand Nadine déchiquète
Le bon sens avec ses propos de banquette
Je me sens musulman.
Quand Nadine joue sa musiquette
Brune sans changer de disquette.
Quand elle fait lever les bistouquettes
Nationales avec ses propos de pickpocket.
Je veux qu’on l’aide à connaître
Cette culture et à la respecter.
Quand Nadine la coquette, caquette
Je me sens musulman
Je remets ma casquette à l’envers.
Quand Nadine a trop fumé la moquette, et
Qu’elle duplicate Jean-Marie, la vieille liquette
Dont les lance-roquettes ne sont pas des détails
Je me sens musulman
Je remets ma casquette à l’envers.
D.F.
Afin d’aider Nadine à mieux connaître cette culture, je nous invite à découvrir quelques poèmes de la poésie arabe classique. Chemin faisant, nous fabriquerons quelques contraintes d’écriture à partir de ces poèmes. De ces poèmes naitrons d’autres poèmes qui tous aurons la casquette en arrière.