Retrouvons Michel Gribinski et ses séparations imparfaites.
Les séparations ?
« Je ne les vois jamais venir. Les séparations les plus prévisibles sont brutales. La perte d’une amitié, ses signes avant-coureurs, l’effacement lent qui me semble sans raison sont une atteinte soudaine ; l’ami que, je m’en rends compte trop tard, j’avais fabriqué dans le secret de moi-même, je le cherche encore longuement dans une clarté de sa voix, dans les regards qu’il me jette et qui, j’en suis sûr, sont aveugles, sourient à mon épaule ou à mon voisin. Quand elles ne me glacent pas, les séparations me persécutent. »
Les séparations me persécutent. C’est une phrase que je pourrais faire mienne. J’ai encore en mémoire ces mots prononcés sur la colline sous le château. Je sens encore le contact frais du banc de pierre. Il ne faut pas trop en faire non plus. Et en même temps, il est quelque chose d’intolérable dans cet être là, ensemble à célébrer ce qui ne sera plus. Comme une ultime jouissance. Et en même temps, cette impossibilité à ne pas dire, à ne pas vivre jusqu’à l’ultime cet instant. Vivre pleinement jusqu’à la séparation.
Oui, c’est brutal. L’un qui fait le tour de l’événement avec ses mots, l’autre là, à l‘écoute peut-être. L’autre qui l’accompagne comme s’il était un môme. Qui ne dit rien. Mais qui entend. Mais ça veut dire quoi d’être là lorsque l’autre se délite ? Ca veut dire quoi de lui opposer son silence ? Chante beau merle, rien de ce que tu pourras dire ne changera quoi que ce soit. Mais que cela ne t’empêche pas de dire. Je suis là et en même temps je ne suis plus là. Je ne serai plus jamais là. Et l’autre cet innocent, coupable de trop d’infamies, d’égrener son chapelet de mots. Avec l’idée folle et désespérée qu’il pourrait changer quelque chose avec des mots. Comme si l’on arrêtait le temps avec quelques mots, avec quelques sentiments. Et en même temps, impossible de faire autrement. Comme s’il fallait inscrire dans ce lieu là jusqu’à la séparation. Pour qu’il en garde la mémoire. Pour qu’il conserve pieusement sous le regard de la vierge de la Halle qu’ici une séparation s’est jouée, s’est inscrite. Pour qu’il devienne un lieu de vie, un lieu de pèlerinage. Sic transit. Comme s’il fallait y enfermer cette séparation.
(A suivre !)
Commentaires (1)
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