Parfaites inséparations (VII)
Gribinski poursuit.
« Aussi je me réjouis de penser qu’elles ne sont jamais parfaites, et je m’étonne d’avoir mis du temps à voir que, pour le psychanalyste, la séparation est l’objet, et que cet objet n’est, par nature, jamais achevé : le transfert, mais aussi les images, le souvenir, le rêve, le symptôme mettent en présence. Une présence éloignée, sans doute, et déguisée, mais qui s’oppose à la séparation. »
Imparfaite la séparation ? Ce n’est pas faute d’avoir essayé. A la manière d’un frappeur cogneur. Au delà de notre séparation, c’est au fond de toutes les séparations dont il est question. De toutes mes séparations. C’est en ce point que je pourrais camper. C’est le point où il pourrait y avoir de la jouissance. Comme s’il fallait boire le calice jusqu’à la lie. C’est aussi pour cela que se forge une forme d’esthétique de la séparation. L’un comme l’autre nous avons du mal à nous séparer. Comme si se séparer était une façon de se réparer. Avec Françoise, il n’y a pas eu de séparation. Je donnais son bain à notre bébé. Elle est arrivée m’a embrassé et m’a dit qu’elle avait rendez-vous avec une collègue et qu’elle rentrerait tard. Je n’ai rien pu faire, rien pu dire même si je n’en pensais pas moins. Avec ma fille dans les bras, je ne pouvais faire aucun geste. Elle n’est plus jamais revenue. Je ne l’ai plus jamais revu. Pas de séparation, une disparition. Se séparer est un luxe d’une certaine façon. C’est une façon de théâtraliser. Il y a une scène où l’on s’affronte. Des options s’opposent. Des choses se disent. Peut-être est-elle disparue de ne pouvoir se/nous séparer ? Il pourrait y avoir là, chez moi, un nœud de culpabilité. Dans mon acharnement à vivre cette séparation jusqu’à la lie qu’y a-t-il de la disparition non médiatisée de Françoise ? Qu’est-ce que je joue, qu’est-ce que tu me fais jouer d’invasion, d’intrusion dans cette disparition ? Pourquoi cet écho à 18 ans d’intervalle ? Comme si l’autre option était la disparition ? Comme s’il fallait conjurer la disparition ?
Et pourtant la disparition était bien inscrite le 21 septembre. Tu étais en péril, tu risquais de disparaître et une fois de plus je n’étais pas là. Je traduis, la femme que j’aime, envers et contre tout, malgré mes frasques, mes errances, était menacée de disparition. Pouvait-il y en avoir une autre que toi à ce moment là ? Comme si une fois encore je pouvais en être responsable ? Et au fond, se séparer n’était-ce pas une façon de maintenir de la vie ? Séparation n’est pas disparition.
Transfert, images, souvenir, rêve, symptôme n’est-ce pas une façon encore d’être en présence ? Quelque chose des traits s’efface. Ton image se superpose à celle de Françoise. Par cette séparation, tu deviens unique. Comme si cette dramatique avait chassé le fantôme. Comme si maintenant, je ne portais plus que toi de blessure vivante.
(A suivre !)
Commentaires (1)
1. jaquet droz replica 22/02/2012
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