Une larme de joie

Une larme de joie

 

Il grimpait.

Le souffle court.

Le vague chemin s’enhardissait plus haut

Il ahanait

L’amour

Le menait plus haut, toujours plus haut

Il se souvenait

Du carrefour

Plus haut, toujours plus haut

Il reconnaissait

Le pin à l’entour

Plus haut, encore plus haut

Il suppliait son corps

De tenir jusqu’au jour

De l’accompagner plus haut, encore plus haut

Encore un peu plus haut.

Encore

Petit corps

 

Ses pieds glissaient

Sur les rocs humides

Il s’arrachait la peau

Son regard espérait

Que le vide

Epargnerait ses os

 

Là-haut,

La maison du Jardinier

Fragile intercesseur

Montait une garde vigilante

Il humait le serpolet et les lauriers

Il avançait sans peur

L’âme vibrante

 

Il entendit les chants

Comme une délivrance

Comme un appel

Du ciel

Comme une espérance

Qui illuminerait le couchant

 

Oh Marie, si tu savais

 

Des rythmes sud-américains

Ponctués de maracas

Accompagnaient une mélopée hispanique

Ils chantaient comme s’ils étaient sur le Titanic

Pour ceux que la vie fracasse

Ils suppliaient Dieu et tous les saints

La foi transcendait leur chagrin

Leur espoir était vivace

Etaient-ils charismatiques ou catholiques ?

 

Oh Marie si tu savais

 

La grotte résonnait de leurs chants

Qui emplissaient cette église troglodyte

Perdue dans la montagne

En contre-champ

Des stalagmites

Suppliaient un ciel de rocs de Cocagne

 

Oh Marie, si tu savais

 

Ils sont partis sur la pointe des pieds

Il s’est agenouillé sur la pierre froide

Et lui l’impie, le païen

S’est tourné vers le crucifié

Les mots des prières étaient trop roides

Pour qu’il puisse les faire siens

Il a prié/balbutié

Esquissé une ruade

Il ne sentait rien.

 

Oh Marie, si tu savais

 

Rien qu’un immense chagrin

Une vague d’empathie

Qui brillait comme une arme

Et l’emplissait sans frein

La peine l’engloutit

Il pria une larme.

 

Oh Marie, si tu savais

 

Rien qu’une larme dans ses yeux

Une larme océan

Pour cet enfant merveilleux

Une larme océan

Une larme Alexandre

Pour que la vie triomphe

Une larme pour le défendre

Pour que la vie triomphe

Une larme si tendre

Pour que le cancer vaincu

Ne puisse le reprendre

Qu’elle devienne une larme de joie

Et dise : « Il a survécu ! »

 

 

Dominique Friard