Comme un tsunami

Comme un tsunami

 

 

 

L’amour est un volet clos

Une porte fermée à clé

Un escalier dévalé

Sans se retourner.

 

 

Avant de te rejoindre

Hier, au soir

J’ai préparé mon sac à dos

Soigneusement

Comme l’on s’équipe

Pour une exploration périlleuse.

 

 

L’amour est un volet clos

Une porte fermée à clé

Sur un passé révolu.

 

 

Avant de te rejoindre

Hier, au soir

J’ai considéré une dernière fois

Ma studette

Avec ses murs tapissés

De fleurs couleur mauvais goût

Avec sa kitchenette qui fleure bon

La friture

Engoncée qu’elle est dans un placard

Avec ce bahut mastoc

Récupéré au troc de l’Avenue d’Orléans

Avec ce poster de l’Ile de la Réunion

Qui s’étale comme un rêve d’aventure

A jamais inaccessible

Avec ce matelas par terre

Qui n’a jamais été un tapis volant

Elle ressemble à ma vie

Avant toi

Aussi impersonnelle

Qu’une chambre d’hôtel.

Drôle de nid !

 

 

 

L’amour est un rêve clos

Une porte fermée à clé

Un escalier dévalé

Un peu d’air inspiré.

 

 

J’ai contemplé mes amis

Triste de les abandonner

Pour un voyage sans retour

Breton me comprendrait

L’amour fou

La beauté convulsive

La fuite éperdue

Il a respiré ça toute sa vie

Arthur m’a prêté ses semelles de vent

J’ai trouvé une petite place

Où rajouter mon Baudelaire

Et ses Fleurs du mal

L’homme révolté

Ne me quitte quasiment jamais

Pas de place pour Kafka

Ni pour Prévert

Boulgakov, Dostoïevski,

Mes amis russes dormiront encore

Avec Musset

Et les nuits de mai.

Ils chantent dans ma mémoire

Tous ceux qui ont bercé

Mon imaginaire

Ils sont mon seul luxe

Mon seul regret.

 

 

L’amour est un volet clos

Une porte fermée à clé

Sur un passé qui s’endort

 

 

Sur la table noircie au brou de noix

J’ai posé une enveloppe

Toute blanche

« Marie-Noëlle »

Mon regard s’est attardé sur ce paysage triste

D’immeubles aussi gris qu’inutiles

Aussi vains qu’un terril déserté par les mineurs

Un pied de nez à l’Hôtel des Impôts

J’ai parcouru du regard

Encore une fois

Mes dix-huit mètres carrés de maison

J’ai haussé les épaules

J’ai clos le volet

Comme un point final

J’ai pris mon sac à dos

Fermé la porte à clé

Et je suis parti

L’absence de Marie-Noëlle m’avait donné du courage.

 

 

L’amour est un volet clos

Une porte fermée

Un escalier dévalé

Sans se retourner

 

 

On n’aime pas impunément

Surtout lorsque l’on a rangé

Sa petite vie dans des placards

Encombrés

Où l’espoir et les projets

Sont recouverts de poussière.

Tu es venue,

Tu m’as souri

Les murs de ma studette

Se sont lézardés

Cette existence tranquille

M’est devenue insupportable

Tu es venue

L’adolescent assoupi

Qui devait embraser le monde s’est réveillé

Un baiser l’a tiré de sa léthargie

Les ronces qui m’emprisonnaient

Se sont déchirées

Comme un vêtement trop étroit.

 

 

L’amour, c’est beau comme un volet clos

Rayonnant comme une porte fermée

Tendre comme un escalier dévalé

Sans se retourner

 

 

Françoise, mon doux séisme

Tu m’as réveillé

Tu es le tsunami

Qui bascule ma vie et m’emporte

Comme un raz d’amour

Qui me roule

Comme galet sur la plage.

 

 

D.F.