Costumé, marié, cravaté ?
Je vais vers toi.
Choisir ?
Choisit-il celui qui est affamé d’amour
Celui qui est assoiffé d’espérance ?
Choisir un chemin
Dès notre première étreinte mon cœur t’a choisi
Je suis tien.
Je vais vers toi.
Et même si tu devais m’écrabouiller dans tes bras
Me vider de toute ma substance
C’est toi que j’aime.
Je m'étais installé un petit nid douillet.
N'y manquait plus que le mariage
Avec pour seul horizon des enfants à élever.
J'aurais été un fonctionnaire comme des milliers d'autres.
J'aurais joué au quinté le dimanche
Et me serais pris cuites sur cuites
Pour oublier que j'avais trahi mon adolescence.
Faut croire que ce chemin n'était pas le mien.
Mais bon, ce bonheur tranquille, était-ce bien moi qui l'avais choisi ?
N'était-ce pas une route toute tracée par mon père ?
N'était-ce pas inscrit en moi, dès ma naissance ?
N'était-ce pas une part de mon héritage ?
Si tu ne veux pas que ton fils parte en quête de la Toison d'Or,
Ne l'appelle pas Jason.
J'aurais invité mes copains les Argonautes à mon mariage,
Ils auraient jeté des poignées de riz à une Marie-Noëlle
Déguisée en mannequin des Trois Suisses.
Ils se seraient extasiés sur son petit tailleur strict
(« La robe blanche, c'est quand on est vierge,
On a quand même vécu plus d'un an ensemble ! »)
Ou sur sa belle robe immaculée
(« Je sais bien que çà fait plus d'un an qu'on vit ensemble,
Mais j'en avais tellement envie »).
Marie-Noëlle aurait arboré ce sourire béat
Qu'ont les femmes à tête de bru,
Bien présentables,
Bien comme il faut à l'heure du : « Oui ! ».
Je l'imagine, toute de blanc vêtue, mon père accroché à son bras.
Mon père aurait revêtu son plus beau costume,
Il en aurait peut-être même acheté un pour l'occasion.
Le cœur en liesse, il lui aurait raconté
Des histoires polissonnes au creux de l'oreille,
Il aurait réservé toutes ses danses au bal de mariage.
Je ressens sa joie.
J'entends Marie-Noëlle, persuadée de vivre
Le plus beau jour de sa vie
Me prononcer un oui sincère et fervent.
Après la mairie, nous aurions,
Suivis par le cortège nuptial,
Remonté la rue jusqu'à l'église.
Le seul que je n'imagine pas, c'est moi.
Je ne me vois pas costumé, cravaté,
Engoncé dans ce rôle de jeune marié repu d'un bonheur conventionnel.
Je ne me vois pas investissant
La cité des Amourettes,
Le lotissement où tous les jeunes de Paimboeuf
Vont enterrer leur bonheur.
Heureusement, je t'ai rencontrée
Et je souris à la vieille église de pierre qui me fait face.
D.F.