Des rêves d'or

 

 

Des rêves d’or

 

 

Las, tout est sombre.

Sombre la nuit qui engloutit la plage battue par la mer,

Sombre le cœur de celui qui ignore que demain, demain, demain un jour nouveau se lèvera.

Que sait-il de l’amour celui qui aime pour la première fois ?

Que sait-il de l’amour celui dont le cœur novice découvre qu’il existe une vie hors de sa cage thoracique ?

 

Las, tout est sombre.

Un homme s’endort, croit-il, du dernier soleil.

Il était né dans une rose, bercée par des fées enchanteresses, des elfes angéliques et toute une faune de charmes tous plus subtils les uns que les autres. La Loreleï, le prenant par la main, l’emmenait vers des mondes merveilleux, vers des utopies sans fin.

L’enfant, en lui, a versé ses dernières larmes. L’adolescence a semé quelques poils sur son menton … Par la magie d’un sourire, d’un baiser, d’une nuit … il est devenu homme. Métamorphose banale qui expose le cœur aux quatre cents coups de l’amour et au désespoir qui parfois flagelle ceux qui aiment plus haut que leur cul.

 

Il s’était pris pour une fleur. Il s’épanouissait en des rêves improbables. Le monde lui était, enfin, intelligible. L’amour en était la clé et les yeux verts de son aimée l’introduisaient dans un monde parallèle plus réel que la grisaille d’un septembre de rentrée des classes. Il s’est fané. Il s’est fané doucement, doucement, aussi doucement qu’une caresse, que la dernière caresse de la dernière femme sur la joue du dernier homme. Des gouttes de rosée perlent sur ses pétales qui gisent à terre emportés par la gravitation au pied d’un vase abandonné. La fin de l’amour est aussi inexorable que la chute des corps, nul besoin de s’appeler Newton pour sangloter ça.

 

Las, tout est sombre.

Le jeune homme s’endort de ce qu’il croit être le dernier soleil.  

Combien de fois s’est-il déjà réveillé un rêve envolé,  un rêve déchiré ?

Il ne sait pas compter celui dont le cœur est trop grand pour ses ailes de géant.

Il ricane, lui, l’amant majuscule.

« Demandez mes rêves ! Demandez ! Dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde ! » 

Il ricane.

Que sait-il de l’amour ?

Les promenades sur la plage de Saint Brévins Les Pins main dans la main avec Catherine la sœur cadette de son meilleur copain ? Quelques serments murmurés ? Quelques baisers rapides avant l’arrivée du car scolaire ?

Son rêve s’écroule dans un fracas de chute d’empire. Il ricane.

Comme un désespéré.

Comme Néron accompagnant de sa lyre l’incendie de Rome.

Dieu que les amours mortes sont lourdes à porter !

 

Las, tout est sombre.

Le jeune homme s’endort. Son rêve s’est effiloché, petit à petit, maille après maille sans qu’il s’en rende compte. Ses pétales se sont envolés doucement, presque tendrement, au gré du temps, chevalier sans peur et sans anicroche. Tic tac. Tic tac. …Son âme cristalline, purpurine, s’est engloutie ne laissant plus sur la grève qu’une vague d’amertume. Qu’il était doux l’oiseau de ses rêves !

« Je t’aime ! Je t’aime ! » susurrait-il.

Le temps, le temps a tout rongé.

Le temps, l’ennemi implacable égrenait ses tic tac, tic tac ; tic tac, tic tac …….. Pitié !!!!! à l’infini, et poursuivait sa lente, lente et nonchalante érosion.

Le jeune homme rêvait. Oui, il rêvait.

Tel un funambule, il évoluait dans la vie.

Le jour, bercé par son doux zéphyr, il songeait à la nuit, aux baisers de sa belle, à leurs corps serrés l’un contre, bien à l’abri du vent dans leur crique. La nuit, bercé par sa belle, il songeait aux premières lueurs du jour qui la verraient repartir vers la caravane de ses parents. Il rêvait aux jours d’amour toujours. Il suivait la course insensée des nuages. Il parlait aux fleurs et aux étoiles et s’épanouissait de leur parfum. « Tu vois celle-là, tout en haut, c’est Alpha du Centaure. On dit que son inventeur était fol amoureux et qu’il offrit sa découverte à la femme qu’il aimait. » Il inventait des histoires d’étoiles qui mettaient des brillants dans les yeux de son aimée. Il poursuivait les oiseaux, voletant parmi leurs chants d’allégresse. Il stridulait comme l’un d’eux et s’envolait vers les lèvres de celle qu’il aimait. Il se saoulait du murmure du vent dans les feuilles, du froissement des feuilles dans le vent. Les soupirs de sa belle endormie l’enivraient. 

Il se pinçait, il ne rêvait pas et pourtant il rêvait.

Le bonheur, ce bonheur qui emplissait chaque cellule de son être était bien réel. Non, non il ne rêvait pas.

L’été, la Bretagne en fleurs, l’amour. Il n’en croyait pas sa vie.

« Je fais souvent ce rêve étranger et pénétrant » commençait-il, « d’une femme inconnue et que j’aime et qui m’aime » Elle poursuivait par des arpèges. « Pourtant que la montagne est belle », chantait-elle. Et les jours se succédaient. Rien ne comptait plus que l’amour qui coulait dans leurs veines, que ce surcroît de vie qui palpitait en eux. 

L’été, la Bretagne, les genêts, deux seins que le vent taquine, les fougères marbrées de soleil, l’amitié, la mer, l’amour.

Il avait fleuri.

Ses amours d’adolescent étaient relégués très loin au statut d’ébauche.

Il avait fleuri.

Les pétales de ses rêves jonchent sa vie que le temps a brisée.

L’espérance s’est envolée vers des pays plus chauds.

La liberté, son flirt irraisonné, s’est transformée en linceul. 

Il a ouvert l’Introduction à la psychanalyse.

 

Las, tout est sombre.

Un jeune homme s’endort, croit-il, du dernier soleil.

Le temps stalactite et stalagmite l’a rongé longuement, trop longuement.

Il désirait croire. Il avait cru l’incroyable.

Il désirait aimer. Il avait aimé. Il avait été aimé.

Il désirait voir. Il avait vu l’invisible, le profond du cœur d’une femme qui s’offre à l’amour.

Il avait aimé, il avait été aimé, il avait vécu.

 

Las, tout est sombre.

Un jeune homme s’endort du premier chagrin.

Non, il n’avait pas rêvé !

Mais, elle l’avait bel et bien jeté. Et son cœur gros des 100 000 tempêtes était un raz de marée, un tremblement de terre, la douleur s’enflait en lui. Il n’était que douleur.

« Adieu Martine ! Je t’aime !

Adieu la vie, je renaîtrais peut-être.

Adieu sommeil !

La Bretagne est mon vert paradis. »

 

 

Repose-toi mon bout d’homme.

Ecoute encore et encore ces chansons de Jean Ferrat qui torturent ton cœur encore et encore.

Qui a écrit qu’on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ?

 

 

D.F.