La petite fille, les mouettes et le poète

La petite fille, les mouettes et le poète

 

Elle était jolie la petite fille

Qui croquait des galets

Sur la plage.

Ses jolis cheveux blonds

Bouclés

Accompagnaient le vent

Dans sa course insensée.

Son joli visage concentré

Ne souriait pas aux mouettes

Dont les facéties

Dessinaient de complexes parades nuptiales.

Larida, laridée.

Elle était jolie la petite fille

Sur la plage.

Du sable plein la bouche,

Elle croquait des galets.

Des yeux bleus un brin trop pâles

Un nystagmus

Des galets plein la bouche

Un balancement d’avant en arrière.

Larida, laridée.

Les mouettes allaient et venaient

« Tee-er, tee-er »

Des mouvements stéréotypés

« Tee-er, Tee-er »

Une dysarthrie qui ne devait rien au sable

Un épicanthus

Des petites taches blanches dans l’iris

Des yeux un peu ridés

Que le spécialiste nomme des fentes palpébrales obliques

Elle était jolie la petite fille

Qui croquait des galets

Sur la plage

Larida, laridée

Parlait-elle aux mouettes ?

En breton ?

Gouelanig penn du ?

Comment dit-on mouette en trisomique ?

La beauté sera convulsive ou ne sera pas.

Je dis et j’affirme que

Cette petite fille qui croquait des cailloux

Sur la plage

Etait ce jour-là

La plus belle enfant du monde.

Une enfant libre

Libre de croquer

Tous les galets de la plage

Libre de laper

Toutes les larmes

De la mer

Libre

De rêver aux mouettes

Sans être enfermée

Dans une institution.

Larida, laridée

Elle était jolie la petite fille

Qui croquait des cailloux

Sur la plage

Et ces enfants solitaires

Murés chacun dans leur silence

Ne l’étaient pas moins.

Je lui ai fait l’aumône d’un sourire

Elle a craché son galet

S’est levée

Et est accourue vers moi.

Chabadabada

Lelouch en Bretagne …

Trintignant au petit pied

Je n’en menais pas large

Mon palpitant battait fort

Il suffit parfois qu’un sourire

Etincelle

Pour déposer un peu de vie.

Il suffit d’un caillou accepté

Pour nouer une amitié.

Les mouettes vexées

Riaient jaune.

Larida, laridée.

Elle a caressé de ses petits doigts

Sablés

Ma jolie barbe fleurie

Surprise de la trouver si douce.

De ma voix la plus douce,

La plus suave je lui ai demandé son prénom,

D’où elle venait,

Les questions bêtes que les adultes

Posent aux enfants de rencontre.

Elle,

La jolie petite fille qui croquait des cailloux

Sur la plage

Savait qu’on ne parle pas aux chevaux

On les enfourche

Et hue !

Je l’ai aidé à se hisser sur mes épaules

Et suis parti pour une chevauchée fantastique

Cataclop ! Cataclop !

Les mouettes rient

Le cheval hennit.

La petite fille qui mangeait

Des cailloux sur la plage

Riait, riait

Les mouettes en étaient vertes.

Je l’ai ramené à ses « parents »

Que j’ai trouvé bien jeunes.

Un petit baiser sur son front,

Une petite révérence.

Larida, laridée.

La jolie petite fille qui mangeait des cailloux,

Cette petite fille tellement vivante

  Profitait d’un séjour thérapeutique

Pour conquérir les mouettes

Et les poètes.

Elle venait d’une institution de Saint-Brieuc.

Ses accompagnants tristes comme des goélands

Comptaient leurs jours de récupération.

Elle était jolie la petite fille

Qui croquait des cailloux sur la plage.

 

 

Dominique Friard.