le meilleur des mondes

Dans le meilleur des mondes possibles

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou tu n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

Je ne sais pas.

Je ne sais pas ce que je veux.

Me laisser emporter par la passion

Et advienne que pourra

Tant pis les larmes,

Tant pis la douleur

Tant pis la culpabilité.

Vivre enfin

Cet amour plus grand, plus fort

Que ce pauvre petit moi

Qui s’effrite.

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou tu n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

 

Aimer sur les deux tableaux

La Passion, la Vie avec Françoise

Le quotidien, le confort

Avec une Marie-Noëlle résignée

M’attendant et vivant par procuration.

Françoise serait ma maîtresse

Marie-Noëlle ma légitime.

Une synthèse parfaite

Qui ménagerait chacune

Et m’éviterait inconfort et douleur.

Du mépris pour l’une et l’autre

En guise de contrat

Un médiocre arrangement

Indigne

De l’amour de l’une et de l’autre.

Pauvre petit homme

Ta révolution sensuelle sent le renfermé

L’étriqué.

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou ti n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

Marie-Noëlle, ma douce,

Que n’es-tu partie voir ailleurs ?

Trompe-moi, je t’en prie

Je t’en supplie.

Si seulement tu avais pu ou su

Me tromper !

Œil pour œil

Dent pour dent.

Un point partout

La balle au centre.

Mais non,

Tu es là

Avec ton amour trop grand pour toi

Avec ton insupportable honnêteté

Avec tes grands yeux purs de poupée

Qui me regardent

Me supplient

Tu me regardes

Sans rien dire

Avec ces larmes qui perlent.

Arrête ce supplice, s’il te plaît !

 

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou ti n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

 

Françoise, ma belle,

Cesser de te voir,

Renoncer à notre amour,

Sacrifier le langoureux vertige

Sur l’autel du conformisme.

Je ne supporterais pas plus tes pleurs

Que ceux de Marie-Noëlle.

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou ti n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

Quitter Marie-Noëlle

Et enfin libre

Conjuguer avec toi, Françoise,

Le verbe « aimer »

Sur tous les tons

Sur tous les modes ?

Cesser de te voir ?

Je ne sais ce que je veux.

 

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou tu n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

Dans le meilleur des mondes possibles

Marie-Noëlle me dirait au revoir

Avec suffisamment de peine

Pour que je puisse me dire

Que j’ai compté pour elle.

Elle prendrait congé

Tranquillement,

Silencieusement,

En me maudissant juste ce qu’il faut

Pour que je sente les derniers feux de son amour.

Dans le meilleur des mondes possibles

Elle ne me culpabiliserait pas

Avec ses grands yeux bleus

Trop silencieux,

Ses grands soupirs

Ce mouchoir brodé qui ne la quitte pas

Et qui éponge ses larmes

Mécaniquement

Comme si un mouchoir pouvait écoper

le barrage, la digue

Qui cède et envahit

L’univers entier.

Dans le meilleur des mondes possibles

Je saurais ce que je veux

Je poserais mes actes

Sans un regard pour cette mise en scène

Qui nous torture l’un et l’autre.

 

 

 

Tu veux ou tu veux pas ?

Tu aimes ou ti n’aimes pas ?

Tu vis ou tu vis pas ?

Tu es ou tu n’es pas ?

 

 

Je me suis enfui.

 

 D.F.