Toute première fois

Toute première fois

 

 

 

 

Dans la Bretagne

De mes presque dix-sept ans

Une femme chante

Une fée de légende

Qui brocéliande

Une Dame du Lac

Endormie dans mon souvenir

 

 

Dans la Bretagne

De mes presque dix-sept ans

Elle est brune

Comme toi

Elle est longue

Comme toi

Elle est douce

Comme toi

Dans ses yeux verts

Un monde palpite,

Comme dans les tiens

 

 

Dans la Bretagne où je dors

Encore

Ce soir

Une guitare

Contre son corps,

Elle me chante une mélopée d’Irlande

Qui pleure sur les rues de Belfast

Sur la guerre

Sur les enfants qu’on assassine.

Je l’écoute

Je vibre

A l’unisson.

Je ne suis qu’un tout petit Rimbaud

Un nain

Mes voyelles sont en noir et blanc

Mais je sais que la VRAIE VIE est là

Et nulle part ailleurs. 

Contre son corps,

Une guitare

C’est mon cœur qu’elle envoûte.

 

 

 

Dans  la Bretagne

Qui survit en moi

La nuit déborde d’étoiles

La mer roule sa colère

Et vient percuter la digue de Penvins.

Deux amoureux sont seuls au monde.

L’un d’eux c’est moi

L’autre, ça n’est pas toi

Et pourtant elle t’annonce.

Elle aussi me nourrit.

Des femmes se donnent

Des femmes reçoivent

Elle, comme toi,

Est de celles qui s’offrent.

Et moi, petit poucet perdu

Dans cet étrange continent

Je baisse ma garde

Je m’entrebâille.

 

 

Dans la Bretagne

Qui palpite en moi

Une plage

Sur la plage, des croyants ont planté une chapelle

Une de ces chapelles du bout du monde

Où la piété se réfugie

Parce qu’après il n’y a plus rien

Que la mer rugissante

Arrogante et sans pitié.

Comme une prière dérisoire

Pour des marins perdus,

Noyés,

Qu’aucune paimpolaise ne viendrait plus

Pleurer.

Comme un havre de paix

Comme un cimetière sans tombe

Qu’on ne saurait profaner.

Sur le sable,

Les puces de mer dansent leur folle sarabande

J’aimerais être un de ces insectes sautillants :

Un petit bond, deux petits bonds

Trois petits bonds Doudou !

Vise-moi ce saut périlleux !

Ma parade nuptiale ferait craquer ma petite puce des mers.

 

 

Dans La Bretagne

Equatoriale

Qui transpire dans mon souvenir

Martine a posé sa guitare

Je n’entends même plus les vagues

Un silence pesant s’est installé entre nous.

Courage Jason !

Quinze jours que nous sortons ensemble !

Pauvre marin sur le point de te noyer

Tu es en apnée

Tes mains tremblent

Mon cœur vacille.

Finis les poutous,

Du sexe !

 

 

Dans la Bretagne

Qui hésite

Sur la plage

Martine a posé sa guitare

Nos lèvres se rapprochent,

Je revois la scène comme au ralenti

Comme dans un film de Lelouch

Shabadabada

Je ne suis pas Trintignant

Nos lèvres ont fini par se rejoindre

Je ne peux pas étirer le temps

Autant que je le voudrais

Nos lèvres se sont jointes

Se sont soudées

Pour un de ces interminables baisers

Qu’on ne voit qu’au cinéma

Ses yeux brillent d’un éclat inconnu

Que j’ai évité de percevoir

Jusqu’ici en tout cas.

Je sais, je sens

Que son corps m’exige et me veut

« Ca suffit, prends-moi maintenant ! »

 

(A suivre !)