Un port d’amour

Un port d’amour

 

 

 

Un père

Jason avait un père

Il n’avait même plus que cela

Un cœur de père qui accueille et console.

 

 

Il affrontait les tempêtes de la vie

S’échouant parfois sur la grève

De terres inhospitalières

Emporté souvent par ses passions

Vers des récifs

Où il risquait cent fois de se fracasser

Toujours il rentrait au port

Toujours il retrouvait ce sourire

Bienveillant

Qui ne lui demandait aucune explication

Aucune justification.

Un port d’amour qui ne demandait rien

Qui était là simplement là

A son écoute exclusive.

 

 

Un père.

Jason avait un père

Son père avait un cœur immense

A dessécher tous les marais

Tous les océans

Pour peindre un sourire

Sur le visage soucieux de son fils.

 

 

Blessé dès la naissance

Par un accident d’accouchement

Jason avait été soigné, cajolé, bichonné

Par ce père au sourire contagieux

Un père-mère avant l’heure

Un père-mère dont les yeux rayonnaient

Il a su très tôt qu’il était sa fierté.

Elle transparaissait dans chacun de ses gestes

Sa façon de le panser

De changer ses couches.

Il était le bébé de ce père au masculin pluriel

Son fils

Pour l’éternité.

 

 

Un père,

Jason avait un père

Un père au cœur de mère

Un cœur qui aime avant de comprendre.

Un joyau unique qui brille dans la nuit.

 

 

 

Un père alchimiste

En perpétuelle représentation

Un fabricant de mythes

Une légende autocélébrée

Un héros au sourire si doux

Chaque fois qu’il donnait à boire

A un soldat blessé

Le coup passait si près que son chapeau tombait.

Donne-lui tout de même à boire

Chantait mon père

Le Général Hugo était le moindre de ses modèles.

Sa vie n’était que batailles

Qu’il livrait comme un hussard

Sabre au clair, hardi petit et en avant !

Un histrion qui ne perdait jamais une occasion

De se grimer, de se déguiser,

De se frimer.

 

 

Un père

Jason avait un père

Qui se prenait pour un héros

Pour un toréador qui capte

La lumière, le regard des autres

Mais aucune image n’a jamais pu chasser

L’amour de ce père pour son fils.

 

 

 

Un père musicien

A la fanfare locale

Un père rythme

Qui percussionnait sur les chaises des bars

Les soirs où il tirait des bords

Un père en costume

Ancien militaire de guerre

D’occupation en Allemagne,

Qui portait l’habit

Comme un drapeau

Les cymbales étaient dans ses mains

Des disques d’or

Qui emmenaient toute la fanfare

Au pas

Vers des triomphes dérisoires

Ses cymbales mimaient des soleils jumeaux

Tous les musiciens gravitaient

Autour de ces deux astres

Petit clarinettiste rêveur, Jason

Semait ses notes à l’ombre

Des disques de métal paternels.

Préposé à la préparation des triomphes

Il les briquait au Mirror

Avant chaque représentation.

 

 

 

Un père,

Jason avait un père.

Sa seule fortune.

Et bientôt, il ne l’aurait plus.

 

 

 

 

 

D.F.