Vers l’origine du monde
A la poste d’hier tu télégraphieras
Que je suis parti à la recherche de mon âme
A la poste d’hier tu télégraphieras
Que petit poucet rêveur je sème
Quelques miettes de pain
Pour retrouver celui que j’ai été
Celle que j’ai aimée
Celle que j’aime
Celle que j’aimerai
A la poste d’hier tu télégraphieras
Que les petits oiseaux
Se nourrissent
De mes rêves.
Nous sommes bien morts avec les hirondelles
Le visage tendu vers les éléments
Arrosés, bourrasqués par la tempête
Qui nous emporte, emporte
Comme fétus de paille.
Nous sommes bien morts avec les hirondelles
Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain
Le temps, le temps accule les amoureux
La douce tiédeur de la pluie
Fait place au crachin
Qui s’insinue au profond du cœur.
Facteur, triste facteur, pose ta faux
Encore un instant de douceur
Encore une petite fête des corps
Avant de s’étendre sur le barda
Avant de se poser
Avant d’oublier
Un demi-vers de Desnos
Une bonne rasade de Loloth
Essayer de se souvenir
Essayer de circonvenir les douleurs
A venir
Avant de dormir
Avant de rêver
A sa toison d’or.
D.F.