Couleur honte
Tu marchais seul dans cette nécropole que l'on nomme
Une vie
L'oeil était dans la tombe
Et te fixait
Comme un Caïn, hébété, livide
Emporté par un cyclone
Partout,
En bas, en haut,
A gauche, à droite
En avant, en arrière.
Partout,
Il pleuvait des regards.
L'univers en était saturé.
Des regards accusateurs qui te dénonçaient
Des regards lasers qui brûlaient ton âme
Comme autant de fers rouges
Des regards marteaux-piqueurs qui te transperçaient
Et te laissaient hâve, tremblant de peur,
Tel un tas de linge sale et malodorant.
Ils étaient des milliers et des milliers
Tu ne voyais que leurs yeux
Leurs yeux qui s'arrêtaient de parler
De manger
De vivre leur vie d'yeux
Pour se fixer sur toi
Pour regarder par tes yeux
Trous de serrure
La peur qui se tapissait en toi
Qui te liquéfiais
Et tu fuyais,
Tu te cachais
Tu te dissimulais
Tu claquemurais ton âme
Tes mains se hâtaient sur ton visage
Pointillé
Comme deux bouées pour te sauver du naufrage
Tu n'étais plus qu'une peur,
Qu'une angoisse,
Pire une terreur.
La fleur de lys gravée sur ton âme
Indélébile
Fleurissait comme du chiendent
Et nénuphar anarchique proliférait
Envahissant la totalité de ton univers
Ta gorge se serrait,
S'étranglait
Tu ne pouvais déglutir
La boule dans ta poitrine
T'écrasait,
T'opprimait,
T'étouffait,
T'asphyxiait.
Le silence tonitruant
De ces regards
Annonçait à grand renfort
De publicités muettes
L'imminence d'un procès,
De ton procès.
Tous procureurs,
Tous accusateurs publics
Tous ceux qui pour les divers prétextes
De la vie sociale se réunissaient en bande
Témoigneraient à charge
Ils étaient des loups
Ils étaient la meute
Et tu fuyais
Leurs regards qui transperçaient la nuit.
Ta raison savait bien
Qu'ils avaient
D'autres félidés à fouetter que toi
Tu n'ignorais pas
Que la réalité, la leur,
Tournait autour d'autres peurs,
D'autres programmes
Que les tiens
Tu n'étais pour eux qu'une ombre
Qu'une silhouette.
Quel crime lisais-tu dans leurs yeux ?
Quels vices inavouables
Se détachaient en lettre de feu
Sur ton visage décomposé ?
Quel squelette ?
Que devais-tu taire, enfouir, enterrer ?
Quel mystère ?
Quelle faute te retranchait
De la communauté des vivants ?
Condamné à perpétuité ?
Condamné à errer
Perdu au milieu d'une foule
De regards qui te fouaillent.
Pourquoi ?
Et tu cherchais, et tu cherchais ...