Ere glaciale
En cette ère glaciale, nous ne faisions plus l'amour.
Le merle moqueur s'était envolé
Loin, si loin.
La dispute avait remplacé les caresses.
Peu importent les préliminaires
Un mot, un geste suffisaient à déclencher les hostilités.
Ton doux visage se fermait.
Ta voix se muait en crécelle
Qui me bombardait d'imprécations.
J'avais beau être sur mes gardes,
Me protéger d'une armure de mots
Toujours tu trouvais la faille,
Le trou dans la cuirasse.
Je n'en mourrais pas, oh non !
Je saignais.
Bête blessée, castrée je me redressais et répliquais.
En cette ère glaciale, nous ne faisions plus l'amour
Mais la guerre.
Scénario immuable de nos affrontements
Qui nous laissaient épuisés
Comme après une nuit d'amour.
Ces joutes qui m'assassinaient à petit feu
Semblaient susciter en toi une jouissance
Qui se répétaient jour après jour.
Elle insistait comme persiste un symptôme.
Le merle moqueur voletait parmi les décombres
De notre pauvre amour martyrisé.
En cette ère glaciale, nous ne faisions plus l'amour
Mais dansions une valse macabre
Qui célébrait l'alliance de l'amour et de la mort.
Vivant. Je ne pouvais être vivant pour toi
Que harcelé par une guerilla sans fin
Destinée à me faire craquer.
J'imagine que si je t'avais frappée
La jouissance aurait été totale, absolue.
La colère est une terrible conseillère.
Elle transforme le prince charmant en punching-ball
Et la princesse des contes de fée
En une harpie à la chevelure hérissée de serpents.
En ce triste printemps qui suivit les obsèques
De ton père
Nous ne faisions plus l'amour
Mais la guerre.
D.F.