Guérilla domestique
Quand tu entres, tu sors, tu entres, tu sors,
Je me calme.
Quand tes allées et venues rendent toute discussion impossible
Je me calme.
Quand tu me reproches de laisser traîner mes journaux, mes revues,
Je me calme.
Quand je vois ta tasse sale traîner dans l’évier
Je me calme.
Quand le lit défait
La viande trop cuite
L’aspirateur muet
Le frigo vide
Quand les poussières envahissent
Quand le W.C glougloute
Quand les peintures s’écaillent
Quand les volets claquent
Je me calme.
Quand les tracas, les aléas du ménage prennent le pas sur la tendresse,
Je me calme
Quand tu me contredis alors que j’ai raison
Quand ton silence répond à mes questions anodines
Quand tes migraines me laissent l’habit à la main
Quand tu ne supportes pas que je salue une jolie femme de mes amies,
Je me calme.
Quand le quotidien devient un fardeau
Qui pèse sur un couple de plus en plus désuni,
Je me calme.
Tu m’emmerdes ma belle.
Tu m’emmerdes,
Tu m’emmerdes.
Tu m’emmerdes et tu le sais.
Tu m’emmerdes avec art.
Les escarmouches se succèdent.
Tu excelles dans cette guérilla
Qui me contraint au silence.
Tout ce que je peux dire
Sera retenu contre moi.
Tout ce que je tais
Sera porté à mon dédit.
Je ne peux t’échapper.
Je ne peux fuir ce harcèlement constant.
J’ai beau reformuler,
Prendre de la distance,
Cinq fois, dix fois
A la vingtième tu me touches.
Tu trouves la pique qui me blesse.
Tu m’emmerdes ma belle.
Tu m’emmerdes à jouer les victimes
D’une guerre que tu déclenches à volonté.
Cette guerre qui nous oppose m’exaspère
Tu canonnes mes positions
Je prends d’assaut tes collines
Tu pilonnes, tu D.C.A.
Tu bombardes et je ne suis pas le dernier à répondre.
Je me calme.
Je me calme.
Sauve-toi vite !
Je me calme.
D.F.