La part obscure
Tu as jeté du sel sur les ruines de notre amour
Que rien plus jamais ne pousse
Sur cet humus qui te faisait sourire aux anges.
Plus rien plus rien plus rien
Jamais ne poussera
Ne poussera
Sur cette terre maudite
Maudite.
Tu diras, tu diras, tu diras
Que je t’ai emmenée à Machecoul,
Champtocé ou Tiffauges.
Tu diras mes frasques,
Tu raconteras que je séquestrais
Les enfants du pays de Retz
Tu feras de moi un ogre,
Compagnon de Jeanne d’Arc.
Plus rien plus rien plus rien
Jamais ne poussera
Ne poussera
Sur cette terre maudite
Maudite.
Qu’importe cette légende intime
Tu forges tes convictions
Sur du pur néant.
Tu raconteras que je découpais les corps,
Que j’arrachais les organes, les cœurs
Tu fantasmeras mon membre
En érection frotté contre des ventres meurtris,
Des corps sans vie.
Plus rien plus rien plus rien
Jamais ne poussera
Ne poussera
Sur cette terre maudite
Maudite.
Qu’importe, le sel est jeté
Tu chercheras partout mes sosies
Tu partiras en quête d’amants d’un soir
Que tu contrôleras
Jamais non jamais
Rien ne poussera sur cette terre désertée
Tu fuis, ma belle,
Tu fuis
La part obscure de toi-même.
Ce Gilles que tu détestes
N’est de Rais
Que dans le miroir que tu te tends.
Je ne suis diabolique
Que dans les contes balsamiques
Qui bercent ta douleur.
Sur le banc d’œuvre
Les marguilliers tremblent.
La part obscure de toi-même
Femme bancroche
Ne cesse d’insister
Tu peux me tuer en toi
Semer du sel sur toute la terre
Elle est là.
Tu peux te réfugier derrière la chantepleure
Tu peux m’envoyer tes traits à l’abri de ta barbacane
Nous savons tous deux dans quel château
Se planque la meurtrière.
Plus rien plus rien plus rien
Jamais ne poussera
Ne poussera
Sur cette terre maudite
Maudite.
Tes barbillons ne me blessent plus.
J’écoute la parole des ancêtres
Les miens
Qui ne sont jamais soumis
A Machecoul ou à Tiffauges.
Je suis un parlêtre
Et je le revendique.
Mes vers loin d’être doux
Sont de pure révolte
Et chant d’amour
J’envoie un baiser à celle que j’aime
Et ce n’est pas toi.
La mandragore naît au pied
De l’arbre aux pendus.
Je sens un bourgeonnement.
Plus rien plus rien plus rien
Jamais ne poussera
Ne poussera
Sur cette terre maudite
Maudite.
Je sens un bourgeonnement.
D.F.