Le mot inouï
J’ai cherché,
Partout
Dans les rues de leur ville
Dans leurs bas-fonds
Dans leurs beaux quartiers
Dans leurs monuments qui attirent les touristes
Sur les graffitis qui décorent leurs toilettes
Dans les restaurants désertés par les fumeurs
J’ai cherché
Partout
Dans les rares paroles
Proférées par leurs SDF
Dans le sabir de leurs immigrés
Pas encore reconduits à la frontière
Dans les discours de leurs hommes politiques
Mais là je savais que c’était peine perdue
J’ai scruté
Dans les paroles des chansons
Qui les endorment
J’ai cherché partout
Dans les sondages
Qu’ils se répètent en boucle
Dans les programmes de leurs chaînes de télévision
J’ai zappé encore et encore
J’ai cherché dans les ahanements des harders
Dans les gémissements des stars du porno
Dans les dessins animés
Qui abrutissent leurs enfants
J’ai englouti des tonnes de guimauve
Jusqu’à la nausée
J’ai cherché dans les films d’horreur
De plus en plus gore
J’ai palpité à leurs films d’amour
Entendu des milliers de « Je t’aime »
J’ai consommé leur téléréalité
En vain.
J’ai cherché partout
Encore et encore
Jusqu’au plus profond de mon cœur
Dans leurs livres sacrés
J’ai sillonné leurs bibliothèques
En tous sens
J’ai consulté leurs romans
Aimé leurs poèmes
J’ai visité leurs prisons
Et partagé le quotidien de leurs déviants
J’ai cherché dans la violence
Dans les meurtres et le mensonge
J’ai fouaillé l’intimité
De femmes innombrables
J’ai cherché partout
Et je cherche encore
J’ai sondé mon âme
A la recherche
De ce mot inouï
IRM, radioscopie, scanner
Tous les examens que la technique
Fabrique
J’ai fait prélever mes fluides
Ils ont été analysés
En vain.
Je me suis allongé sur le divan
De leur plus fameux psychanalyste
J’ai rêvé, parlé, transféré
J’ai projeté
Je me suis identifié
J’ai isolé
J’ai introjecté tout ce que je pouvais
J’ai clivé
J’ai cherché encore et encore
Dans ma tripaille psychique
Encore et encore
En vain.
J’ai testé les cognitivistes
Les systémiciens
Les productivistes
Les escrocs
En vain.
J’ai cherché
Dans tes larmes
Derrière chacun de tes soupirs
Le sens profond de chacun de tes mots
J’ai cherché dans tes gestes
Dans tes colères
En vain.
J’ai cherché partout
Et je cherche encore
Ne t’inquiète pas
Amour, mon amour
Je trouverai le mot qui t’apaise
D.F.