Les mains dans les poches et le cœur à l’avenant
Juste mes mains
Rien dans les poches
Le cœur entre parenthèses
Juste mes mains
Comme un supplément d’âme
Comme une caresse qui s’assoupit
Juste mes mains
Dans tes cheveux
Qui s’attardent pour dessiner
Le contour d’une oreille
Pour dévaler ton nez
Pour esquisser tes lèvres
Juste mes mains
Et mes lèvres
Pour un baiser si rapide
Qu’il faut le ralenti
Juste mes mains
Tes seins effarouchés
Qui s’enfuient à leur approche
Tes seins de biche
Aux yeux apeurés
Tes seins menus
Qui ne se tendent plus
Vers ma chaleur
Depuis que depuis que
La mammographie
Les a transformés en mamelles,
En glandes
Depuis le diagnostic
D’une tumeur bénigne
De la taille d’une noix
Juste mes mains
Et la crainte dans tes yeux
Comme si les caresses
Nourrissaient les tumeurs
Comme avec si l’amour,
Mon amour,
Les cellules anarchiques
Proliféraient.
Juste mes mains
Qui hésitent
Mes pauvres mains desquamées
De ne servir qu’aux travaux
Du quotidien
Juste mes mains
D’artiste caressant
Mes mains qui ne seront jamais
Des battoirs ou des pognes
Juste mes pauvres mains
Qui tapotent un clavier
Qui n’a rien à voir
Avec ton corps.
Juste mes mains
Qui se décident
Et descendent en piqué vers ton ventre
Doux, si doux
Juste cette caresse
Dans laquelle je me résume
Je me synthétise
Juste ma peau contre ta peau
Chaleur avec chaleur
Juste la pulpe de mes doigts
Qui arabesque
Et qui t’écrit dans le sable
Chaud,
Le long de tes dunes
Un doux message amoureux
Pas de tempête des sens
Pas de simoun
Juste un peu de tendresse
Juste quelques tours de passe-passe
Pour éloigner le gros temps.
Juste mes mains
Inutiles
Avec leurs doigts gourds
Avec leur maladresse
De mains
Qui parlent un peu trop
Quand elles devraient se taire
Juste mes mains
Qui se sauvent dans les poches
D’un pantalon à la toile tendue.
D.F.