Mort apparente

Mort apparente

 

 

Comme un deuil qui n’en finirait pas

Comme un présent corrompu

Sans cesse altéré

Par des remugles de passé

Comme une femme en demi-vie

Sous assistance respiratoire

Comme un cœur comateux

Qui hésite

Comme un ventricule

Gorgé de peine

Comme une cavité que la mort

Habite

Comme une pompe sinistre

Qui irrigue les artères

D’une tristesse qui empègue

Comme de la vie

Interdite

Qui persiste pourtant

Malgré tout

Comme si comme si comme si

Sans y croire

Un peut-être sommeillait

Quelque part.

 

 

Comme un deuil qui n’en finirait pas

Comme le corps putréfié d’un noyé

Qui reviendrait hanter

Le présent

Comme le temps

Suspendu

Par la disparition

Comme un deuil sans cesse à recommencer

Comme la peine

Comme les dettes à payer

Encore et encore

Comme une vie

Dont on serait redevable

Pour les siècles des siècles

Comme un corps que l’on ne pourrait identifier

Comme la pourriture

Comme un amour disparu

Signe le destin

De tout autre amour

Comme la vie qui ne peut que se répéter

Comme la tentation du mieux

Comme un bonheur pensable

Vite chassé par la pourriture

Par ce corps noyé, abandonné,

Gonflé, mangé par les êtres de l’eau

Comme un fantôme

Qui rend toute vie impossible

Comme un deuil qui n’en finirait pas.

 

 

Comme un poème

Gravé au fer rouge

Sur le seuil d’une porte condamnée

Comme le désir

Barré à double tour

Comme une espérance faisandée

Comme une femme qui ne serait pas toute

Comme ce manque dans moi

Qui est un trop

Comme un deuil imputrescible

Comme un sens interdit

Comme une tombe

Oubliée, désertée

Comme ce mort qui ne rêve plus

Comme ce repos interdit

Comme une vie dans les limbes

Comme une télévision

Qui endormirait toute douleur

Et toute vie

Comme deux corps allongés

L’un à côté de l’autre

Comme deux gisants

Séparés par un deuil

Qui emplit l’univers

Amour, mon amour

Même en état de mort apparente

Aime-moi encore …

 

 

 

Dominique Friard