Pauvre Sisyphe
« Maybilène, aussi, a droit au bonheur. »
La phrase résonnait en moi comme un ordre
Elle exigeait comme la lumière rouge
De la rue du Content, à Gap.
Comme si le bonheur était un droit
Comme si on pouvait le bonheur de qui que ce soit
Comme si je me devais d’être un pur chevalier
Un maître en tendresse, un charlatan de l’espoir.
J’ai regardé dans le miroir et je t’ai vue
Le voile s’est déchiré, la vérité s’est entraperçue
Dans la psyché, il n’y avait que moi
Et mes blessures mal cicatrisées.
Bien sûr, nos destins se ressemblaient
Bien sûr, il y avait cet aussi qui s’adressait à moi.
Pouvais-je être heureux si tu dormais ta vie ?
Pouvais-je être heureux alors que tu pleurais
Que tu pleurais sur quoi au fait ?
J’ai tout cassé, tout brisé pour obéir à cette injonction.
J’ai quitté une que j’aimais. J’ai fracassé ma vie.
J’ai transpiré d’ennui pour devenir ce sauveur
Magnifique aux pieds d’argile.
Je n’étais qu’une créature de rêve
Qu’un monstre de papier, une image pâle
Qu’il fallait faire mentir.
Je suis devenu acteur à charge.
J’étais la preuve vivante que la mort gagnait
Toujours, qu’elle chasse le vif, encore et encore.
Le passé toujours renaît. Le présent n’est qu’une répétition
Dérisoire, une reptation d’orvet qui se brise
Au moment opportun.
Je me débattais pour peindre un sourire sur des lèvres
Qui restaient désespérément closes
Et plus je me débattais, plus les mâchoires
Se refermaient.
Pauvre Sisyphe, orgueilleux mortel,
Le bonheur de Maybilène est dans la répétition.
D.F.