Poussière
Que restera-t-il de nous,
De nos amours,
De nos colères,
De nos coïts
Quand poussière nous serons devenus ?
Quand ce doux visage que je caresse
Se sera flétri, ratatiné,
Desquamé,
Quand la peau mangée par les vers
Nettoyée par les nécrophages
Ne sera même plus un souvenir
Quand ce sourire qui aujourd’hui m’enchante
Ne sera qu’un rictus de tête de mort ?
Quand ces seins que je vénère
Que j’embrasse, que je lèche
Que je pétris parfois un peu trop
Ne seront plus
Quand le trou béant d’une cage thoracique
N’abritera plus un cœur qui palpite
Des poumons qui vibrent au rythme de la passion
Mais une colonie d’invertébrés grouillant
Dans la solitude du cercueil ?
Quand ces cuisses longues et fines
Entre lesquelles j’enfouis mon visage
Ne seront que fémur
Quand ce bassin qui se colle au mien
Lorsque nous nous aimons
Ne sera plus qu’un os
Parsemé de quelques rares poils pubiens
Quand ce sexe humide
Qui me fait hurler de bonheur
Aura disparu
Dans la puanteur d’un linceul desséché ?
Quand ce sexe dont je suis parfois si dérisoirement fier
Quand ce sexe qui se dresse majestueux
Lorsque le désir le gonfle
Quand ce sexe qui éjacule aujourd’hui son plaisir en toi
Se sera définitivement recroquevillé,
Ratatiné, desséché
Quand les seules bouches qui le lutineront
Seront les mandibules de minuscules de vers
Aux noms improbables
Quand ces testicules que tu suçotes
Ne seront que des fantômes oubliés
Quand tout de moi ne sera qu’os
Pourrissants ?
Avant d’être poussière
Nous ne serons que putréfaction.
Amour, mon amour
Il ne restera de nous,
De nos amours,
De nos colères,
De nos coïts
Quand poussière nous serons devenus
Que ces mots que je brode aujourd’hui
Que ces mots qui t’agacent tant.
D.F.