Sauf une
Je t’ai donné toutes les preuves, j’ai tout remué
Au dedans de moi.
J’ai nagé dans mes tréfonds,
Affronté le kraken dans mes océans intimes,
J’ai gravi les monts inaccessibles de ma psyché,
J’ai traversé mes déserts de sable brûlant,
J’ai navigué à contre-courant dans mes fleuves
Pour remonter à la source.
Je t’ai donné toutes les preuves
Sauf une.
Je me suis réfugié dans l’adret
Tu m’attendais sur l’ubac.
Tu cherches l’ombre comme si tu y étais aduite.
L’amour n’est-il qu’un adventice,
Qu’un adversatif
Pour celle que l’inceste souille ?
Ne crains pas,
J’ai la musique en tête,
Les rameaux en main.
Je ne troublerai pas trop
Ton ermitage maternel.
Je t’ai donné toutes les preuves
J’ai subi toutes les épreuves
Que tu m’as imposées
Comme si elles étaient éternellement neuves.
Sauf une.
Ton deuil affouille sans espoir d’agnition.
Nous pourrions nous agréger,
Nous ne faisons que nous aggriffer
En nous ignorant.
Je sais des rivières neuves,
Des mondes à naître
Qui n’attendent que toi.
Je cherche un alexipharmaque,
Antidote à ce lent poison
Qui me condamne à errer
Dans les limbes.
Pourquoi te sacrifier ainsi ?
Pourquoi tourner le dos à la vie ?
Pourquoi taire ce que ce désamour révèle ?
Je t’ai donné toutes les preuves, j’ai tout remué
Au dedans de moi.
J’ai nagé alors que je craignais l’eau,
Affronté la peur,
Accepté de me laisser porter dans tes bras.
J’ai gravi les monts inaccessibles de ma psyché,
J’ai traversé mes déserts de sable brûlant,
J’ai navigué à contre-courant dans mes fleuves
Pour remonter à la source.
Je t’ai donné toutes les preuves
Sauf une.
D.F.