Sur le maître analyste

Sur le maître analyste

 

Nul ne l'a jamais vue.
Je prends mon luth
Pour un sourire moqueur
Pour un chant désespéré
Pour déposer un baiser
Poivré sur son corps de bacchante.

 

Nul ne l'a jamais vue
J'accorde mon luth
Au diapason de l'aide
Que je récuse
La blessure est précieuse
J'en gratte les croûtes
Pour un baiser empoisonné.

 

Nul ne l'a jamais vue
Telle que je la sais
Je la savoure
Je m'en pourlèche les babines
Je fore dans l'épaisseur de notre histoire
Je pince les cordes de mon luth
Et chante une babillarde
Un peu nasillarde
Like a rolling stone.
Elle ne me tuera pas.

 

Nul ne l'a jamais vue
J'ai trempé ma plume
Dans l'orgueil.
Je ne suis pas un chevalier de la route
Même si même si même si.
La plus belle des filles de la terre
Ne me fera pas dérailler.
Ô ma bouche, ne te tais pas
Chante sa haine, chante ce silence qui tue
Que les notes de mon luth
Soit un vivant reproche
Baleiné sur ses pas.

 

Nul ne l'a jamais vue
J'ai honte de savoir ce que je sais
Je voudrais que mes mots soient enfouis
A jamais
Oubliés quelque part chez un bahutier.
Ma mémoire est rebelle
Je l'ai traînée sur le divan
D'un maître analyste.
Mes cheveux livrés au vent
Au crépuscule d'automne
Ont rêvé d'une femme inconnue
Et que j'aime et qui m'aime.

 

Nul ne l'a jamais vue
Nul ne m'a jamais cru
J'ai fracassé le luth
Sur le maître analyste.

 

D.F.