Transe
Face au silence
A l’indifférence
Je me suis enfermé,
Calfeutré,
Barricadé.
Le check point est discret.
Point de militaires
Point de mots de passe
Point de fouille
Mais rien ne passe.
Quelques vers de Baudelaire
De Musset et d’Apollinaire
La vie et ses tracas
Me traversent.
Sans m’atteindre.
Je me suis absenté
Au dedans de moi.
Mon corps est là.
La machine fonctionne.
Quelques mots
Par politesse.
Barricadé au-dedans
Je cherche
Je déplace les livres que j’ai lus
Les fleurs dont j’ai humé le parfum
Les musiques que j’ai entendues
Les paysages que j’ai parcourus.
Je cherche et je ne trouve pas.
Il me semble l’avoir vu par là
Du côté d’Eloïse et d’Abélard
Ou de Roméo et Juliette.
Ou-est-il ce bel amour
Censé me transfigurer ?
Dans mon cloaque ?
Les sanglots longs
Me bercent
De leur douce musique
Je respire
Les roses de Saadi
Amour, mon amour
Tu es loin, si loin
Maintenant
Loin du charnier natal
Où volent quelques gerfauts.
Je rencontre mon père
Qui joue des cymbales
Au-dedans de moi.
Mon ami Fabrice m’initie
Aux contes zen.
Je suis comme cette eau
Qui épouse chaque forme
Qui s’y love.
L’amour y surnage
Comme une peau morte.
Face au silence
A l’indifférence
Je suis blotti,
Barricadé
Au-dedans de moi.
J’y suis calme et serein.
D.F.