Tu me fuis

Tu me fuis

 

Quand le hasard mitonne une rencontre
Tu me fuis, furieuse, comme si j'étais le typhus
Comme si j'étais un satyre suspendu aux saules
Comme si je te violentais d'un rêve musical
Comme si je ne pensais qu'à violer tes muguets blancs.

 

Tu me fuis, furieuse et tu cueilles au passage
Les fruits de la discorde, de la gangrène
De tout ce que ta mère déteste et qui est légion.
Tu me fuis comme si j'étais tous les pères
Comme si mon nom signifiait vengeance.

 

Je ne suis qu'un regard clair qui croit en l'aurore,
Une délicieuse surprise qui fleurit dans les lilas.
J'ai le courage d'un petit pain qui sort du four
J'ai l'amour qui résonne comme les clameurs du tambour.
Te dirais-je les outremers, les cobalts, les vermillons
Te dirais-je que tu m'apparais sans voiles, sans soleil,
Sans étoiles, triste et fermée par cette haine qui te cuirasse ?

 

Tu me fuis, furieuse et réclame de l'argent, de l'argent
L'argent d'un loyer avancé, l'argent d'une commande de fuel
Comment rembourser le désespoir d'un archipel parfumé ?
Comme si le naufrage, et cette rupture en est un, avait un prix.

 

Mes horizons poudroient un monde d'émeraude et de rubis.
J'ai balayé mes arrières-pays en une triste cavalcade
La nuit je poursuis le ciel bleu des cariatides,
Qui sont moins femmes de pierre que celle que j'aime.
Ta voix aimée est un bien que je garde à jamais.

 

Dominique Friard.