Un brouhaha

Un brouhaha

 

Elles sont là

Au-dedans de moi

Je les entends gronder

Comme un roulement de tonnerre.

 

Tes mots,

Ces mots que tu fais semblant de ne pas dire,

Que tu retires à peine prononcés,

Me scarifient.

Un peu de sang coule.

 

Elles sont là,

Je les sens.

Je sens leur colère.

 

Et le sang,

Oh pas grand-chose, juste un filet de sang

Un goutte à goutte de sang.

Tes mots enrobés de silence

De toute la force d’un silence qui méprise

Creusent dans ma chair.

 

Ne te réjouis pas.

Je rapprocherai les lèvres de la plaie

Et recoudrai à vif.

Ne te réjouis pas.

J’ai la couenne dure.

Elles peuvent en témoigner

Celles qui s’agitent

Au-dedans de moi.

 

Etrange victoire

Que celle qui annonce la défaite

De l’amour.

Tu peux m’agresser,

Me blesser,

Me meurtrir.

C’est ta propre chair

Que tu égratignes.

C’est toi-même

Que tu châties.

Tu peux bien d’une pirouette

Chantonner

« Même pas mal ».

C’est ton cœur qui saigne.

Secret de polichinelle.

Toutes celles que j’ai aimées,

Toutes celles qui m’ont aimé,

Toutes celles qui ont tanné ma peau,

Me le soufflent à l’oreille.

 

Amour, mon amour,

Dans cette guerre de  position

Pas de vainqueur, ni de vaincu

Rien que des perdants

Dérisoires.

 

Elles sont là

Au-dedans de moi

Je les entends gronder

Comme un roulement de tonnerre

Celles que j’ai quittées

Celles qui m’ont quitté

Celles que j’ai aimées

Celles des rendez-vous manqués

Tout un brouhaha de voix féminines

Se moque de nous.

 

 

Dominique Friard