Valvule mitrale

Valvule mitrale

 

Amour, mon amour

Il faudrait m’opérer à cœur ouvert

Pour t’extirper de moi.

Il faudrait inciser mon cœur,

Chercher entre oreillettes et ventricules

Où se niche la lumière qui brille

Au-dedans de moi.

Le scalpel bègue de l’Alexis Carrel

Taillerait dans le tissu.

Mon sang jaillirait

Au visage masqué du chirurgien fou

Qui dissèquerait mon cœur transi.

Sa quête des secrets de l’amour

Se heurterait à l’épaisseur de ma valvule mitrale.

Il devrait s’acharner,

Le barbier,

Découper mon aorte

En petits bouts de matière morte.

Il lui faudrait décapiter mon tronc brachio-céphalique,

L’émietter, le réduire en poudre.

Il devrait transformer sa traque chirurgicale

En boucherie sanguinolente,

En film gore.

Et toujours le mystère

Et toujours un doux soleil

Qui réchauffe mes sens engourdis

Amour, mon amour,

Il pourrait décortiquer ma sous-clavière,

Mon artère carotide primitive

Gauche,

Mes veines caves.

Il pourrait transformer mon cœur en charpie

Remboursée par la sécurité sociale.

Il pourrait en toute franchise

Jeter mes restes

Avec les hypophyses frelatées.

Il pourrait me greffer un cœur tout neuf,

D’homme ou de femme,

Un cœur juvénile ou atteint par la limite d’âge,

Il pourrait,

Encore et encore.

Quelque chose de moi n’en continuerait

Pas moins

A t’aimer.

 

D.F.