Lorsque le mal la rongeait

Lorsque le mal la rongeait

 

Et la boule dans la gorge
Et les mots, coincés,
Qui ne venaient pas
Et ces regards désespérés
Que nous nous lancions
Et cette peine immense qui nous débordait.

Que pouvions-nous faire lorsque le mal
La rongeait ?

Nous, on serait parti lui conquérir
La toison d'or.
On aurait cueilli
Sur la plus haute montagne du monde
La fleur miracle qui l'aurait sauvée.
On aurait fouillé les déserts, grain de sable
par grain de sable
Pour lui ramener le minéral magique.
On aurait dansé nus autour de son lit.
On serait parti sur la Lune.
On aurait affronté les vents, les tempêtes, les bêtes féroces.
On aurait tout inventé, tout parcouru
Pour que Marie-France vive.

 

Que pouvions-nous faire lorsque le mal
La rongeait ?

 

Avec nos pauvres plaisanteries
Qui ne faisaient rire personne
Nous tentions de lui donner le change,
De conjurer le mauvais sort.
Comme si nos mots, nos prières mêmes
Pouvaient la guérir,
Comme si notre amour,
Notre amitié
Pouvaient changer le monde.

 

Que pouvions-nous faire lorsque le mal
La rongeait ?

 

On ne sait pas toujours dire les mots
Des fois çà s'emmêle
On ne dit pas ce qu'on brûle de dire.

 

 

Des siècles après ta mort, Marie-France,
Je te dis que je t'aime
Et que ta mort nous a anéanti.

 

 

D.F.