Que reste-t-il ?

Que reste-t-il ?

 

Deux clés
Un fa, un sol,

Une boîte à musique
Que je remonte d’une main fatiguée.


Deux clés
Pour une musique triste d’avoir été trop écoutée,
Trop sanglotée.
Au grenier, au débarras, à la déchetterie
Les amours oubliées !

Trois danseuses nues et une Suisse
En tutu transparent.
Quatre enfants dont les yeux brillent
Trésor de grand-père
Chasse gardée dans le grenier.
Un carré blanc,
Une paire de claques,
Quatre fessées.

 

Une boîte à musique
Maléfique
Comme un remords
Suranné
Un peu de rose tyrien pour les lèvres
Un bleu de Prusse pour les yeux
Un jaune d’or pour les blés
Un noir d’ébène pour les sous-vêtements
Erotisme de pacotille
Un blanc d’œuf à fouetter pour monter
En neige
Du thym et du laurier
Pas d’immaculée conception
Un préservatif oublié
Une marche au pas couleur caca d’oie
Un rococogalefica
Pour le dialogue direct
Un souvenir qui insiste.

 

Une boîte à musique
Sardonique
Une marche turque des ruines d’Athènes
Une marche poussive
Appliquée
Poussiéreuse
Deux nuits sur le Mont Chauve
Et ton mont de vénus que je tutoie
Trois oiseaux du feu qui me consume
Et ta voix petit rossignol
Quatre bœufs sur le toit
Et un agneau de Sisteron
Pour la rime
Une symphonie inachevée
Comme un amour piétiné, achevé, avorté
Cent cinquante et un psaumes luthériens
Et un musée du Désert pour se souvenir.

 

Une boîte à musique
Syphilitique
Un Paganini, un pacte avec le diable,
Un simoniaque
Une Philippique
Un tournedos Rossini
Un opéra déchiqueté par la mort d’un Pavarotti
Un violon leur a brisé l’âme
Voltaire ignore la mort de la Callas
Un piano à bretelles
Qui s’essouffle à braire la cabrette à Jojo
Un autoradio
Siphonné, halluciné
Qui cantate une barbaresque
Un Chateaubriand à point
Qui se prend pour l’Hugo.
Ce siècle avait deux ans
Lorsque la petite vieille
Qui moissonne le bois mort de ses doigts gourds
Est devenue marchande d’amulettes.
Un dinar, deux dinars et trois millimes
Un buste de Beethoven. En plâtre.
Un hymne à la joie
Empesé,
Sinistre
Un prêtre roux, une Walkyrie
Qui me désarçonne
Et une peine infinie
Qui déborde
Trois Prokofiev
Une encéphalopathie
Un Korsakov
Une pierre et six loups
Un hautbois dans la plaine déserte
Une balalaïka
Un boléro, deux casaques claires
Une douzaine de casse-noisettes
Et mon cœur qui se désaltère
Un Lulli noyé dans la Watermusic
Un dièse,
Deux bémols,
Un accident à la clé
Quelques trémolos
Un soupir qui n’en finit pas
Une pause
Trois silences.
Ta gueule !!!!!!!!!!!

 

Une boîte à musique
Une fanfare
Deux cuivres du Chili
Trois bugles sur Yvette
Quatre vents
Et des enfants de la batterie
Un clairon
Qu’on postillonne
Une grosse caisse percée
Nos deux sexes aphones
D’avoir trop baisé
Un tremblement de terre
Une échelle de Richter
Un orgasme force Quatre.


Brisée la boîte à musique !
Ne reste-t-il de nos amours
Que ce sinistre inventaire ?
Que ces objets qu’on se jette, se déchire, se partage ?

 

Brisée la boîte à musique ….

 

 

D.F.