Un tout petit « a »

Un tout petit « a »

 

Il est d'autres amours à naître.
Mais le sait-il celui dont le cœur est dans la tombe ?
Son ombre erre au milieu des vivants.
Qui es-tu toi, dont l'ombre erre ?
Quelle résilience mobilises-tu, nu sur ton sapin ?
Quel oxymoron forges-tu en tes tréfonds ?
A quelle part de toi renonces-tu ?
De quelle vitrine parles-tu ?
De quel côté du miroir est ton âme ?
Chagrin d'amour, écrit Satan.
Est-ce si sûr ?
Chagrin d'amour ou grain de mort ?
Il s'en faut d'un "a",
Un tout petit "a".
Ton ombre erre au milieu des vivants,
Certaines vont oublier au milieu des morts.
Si tu veux vivre, va te perdre au pays des morts.
Au pays des vivants, on ne rencontre que des ombres qui errent.
C'est un pays qui n'existe pas.
Pas d'ambassade,
Pas de passeport non plus.
Envole-toi d'une ville de bout du monde
Paris, Marseille,
Ailleurs.
Pars
Sans te retourner.
Pars dans le désert.
D'autres t'y ont précédé.
Tu es sûr de ne jamais rencontrer personne.

A la poursuite d'une ombre je partirais
Avec pour tout bagage une boussole qui a perdu le nord
Et un interdit :
"Ne viens pas, je n'ai pas besoin de toi".
A la poursuite d'une ombre je partirais
Vers un pays qui agonise de ne pas en être un
Un pays de villes déchirées
Aussi éternelles que Jérusalem
Un pays peuplés de fantômes plus vivants que les gens d'ici.
A la poursuite d'une ombre je partirais
Je dormirais dehors à la belle étoile
Comme un chien perdu
En quête d'un maître.
A la poursuite d'une ombre je partirais
La lanterne à
la main
Je
chercherais, je chercherais
La terre entière et les astres
Les temps anciens et les futurs
Je me blottirais au dedans de moi
Là où le cœur se souvient
Et abolit le présent
Je me bercerais des nuits et des nuits
Et que l'oubli vienne au milieu du désert
Et que le sable qui s'écoule me noie
Si je renonce.

 

 

D.F.