Les primevères
Mon paysage de montagne cesse d’être autiste.
Les pommiers, toutes griffes tendues vers le ciel,
Fragiles Edwards burtoniens, supplient
El Shaddaï de leur pardonner leur haine hivernale.
Les sentiers spongieux dégoulinent de neige folle.
J’ai chaussé mes bottes de sept lieux.
L’heure est paisible.
Mars apparaît en gloire.
J’ai sorti mes habits de couleur.
La neige se teinte d’oubli.
Mystère des saisons, mystère des tempêtes.
Je serais une avalanche qui épargnerait la Vendée.
Ton visage a le goût du chocolat et du gingembre.
Herbes et sortilèges s’avèrent impuissants.
J’ai un printemps de désir qui se réveille en moi.
Jaune timide est l’herbe qui ressuscite.
Un vert virevoltant colore mes rêves.
Mon iconographie intime est baignée de mauves.
Rouge comme la colère qui m’habite quand je pense
Que l’hiver de la haine s’est emparé d’elle
Comme une lèpre qui tavelle sa peau.
Les jeux du corps sont une promesse.
La nudité des pommiers qui cernent mon village perché
Annonce le dénuement amoureux que je recherche.
Pauvre et nu, habité par le désir de toi,
Je vais et je viens sans me soucier
Des ratures inévitables, des ratés qui donnent prix
A chaque instant qui nous rassemble.
Une heure arrachée au temps qui sépare et scande.
Le bonheur est une chevelure qui chavire
Des yeux qui se ferment et s’ouvrent.
Le précipice s’est comblé. Je ne chuterai pas dans le ravin.
Un rayon de soleil enveloppe mon village.
La maison aux volets verts est illuminée.
Dans l’attente de toi,
J’ai planté des primevères.
D.F.