Rêveries morbides

Rêveries morbides

 

En ce temps-là, mes morts me rêvaient.

Leurs songes entraient dans ma vie

Sans frapper à la fenêtre.

J’y pensais avant de m’endormir.

Un temps peuplé d’insomnies,

De textes fiévreux où je déjouais leurs manigances.

J’étais leur héraut, je portais haut leurs couleurs.

Aucun défi ne m’effrayait.

Je hantais un cimetière parisien.

J’étais mort et nul ne me l’avait appris.

Je gisais dans une tombe,

Toujours la même et me débattais

Pour en sortir.

Mon visage ne se décomposait pas.

Je comptais pour eux tel qu’il m’avait connu.

Enfant de onze ans ouvert au monde.

Jeune homme de vingt ans

A l’aube de sa vie d’adulte.

Veuf de  vingt-cinq ans,

Plombé par son suicide

Je survivais.

Quel avenir m’ont-ils rêvé ?

En ai-je été digne ?

Avais-je à l’être ?

Tant d’années plus tard, nos rêves se sont-ils croisés ?

Que sont mes morts devenus ?

Ils vivent en moi comme je vis en eux.

Rêvent-ils encore de moi ?

 

 

D.F.