A la St-Estropié

A la St-Estropié

 

De mon avoir ne sait la somme

Combien ?

C’est trop pour un seul homme.

Premier boulot, première paye.

Un mois à laver des casseroles

Pour à peine mieux que des clopinettes.

Et mon petit démon intérieur

De me susurrer :

« De ton avoir ne sait la somme

Combien ?

C’est trop pour un seul homme

T’as qu’à partager. »

« Et pourquoi pas la charité ? »

« Non, pas de parité. »

 

 

 

De mon avoir ne sait la somme.

Tant d’heures

Tant de sueur

Tant d’assiettes

Tant de casseroles

De cuillères et de couteaux

De fourchettes et de poêles

De mon avoir ne sait la somme.

 

 

 

De mon avoir ne sait la somme

Au bar de la plage

Les billets me démangent

Les buveurs trinquent

C’est insuffisant pour un seul homme

Je n’ai qu’à partager

Qu’à faire la fête

Avec tous ces étrangers

Qu’est-ce que l’argent

Quand on n’a que seize ans ?

 

 

 

Fêtons la Saint Estropié

Et festoyons en va-nu-pieds !

Saint Estropié

Patron des pauvres,

Des culs-terreux,

Des miséreux,

Des assassinés du porte-monnaie.

De mon avoir ne sait la somme.

 

 

 

Partageons mon labeur

Ma peine

Cette misère d’argent

Pour s’en laver.

Que le St Estropié d’un soir

Soit un inconnu

Un parfait inconnu

Et que l’alcool coule à flots

Que je sois son amphitryon

De mon avoir ne sait la somme

 

 

 

Eh ! Toi l’homme

Tu le bois ce rhum ?

Combien ?

C’est encore pour rien.

De mon avoir ne sait la somme

Mais c’est de moins en moins

Cent, deux cents, trois cents ...

Mon sang

D’ado laissant ses billets

Partir en sang de la treille,

De la canne,

De la pomme

Se charge d’encens.

L’argent, l’argent

Tout pour ce quidam

Héros d’un soir,

Héros inutile.

De mon avoir ne sait la somme

 

 

 

Il a bu jusqu’à son premier somme.

 

 

 

De mon avoir je sais la somme

C’est plus rien.

 

 

 

D.F.