Brave Margot

Brave Margot

 

 

Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot.
Toi Margot.
Quand tu dégrafes ton corsage
Bien au chaud
Dans la maison près de la fontaine
J’oublie que les histoires d’amour finissent mal (en général).
Tu es la première fille,
Celle qui fit mon éducation sentimentale
Tu es venue et tu m’as donné tes seize ans
J’en étais encore au taar tagueule à la récré
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot
Quant tu dégrafes ton corsage
Comme ce lundi au soleil
Tes jeunes seins tout ronds haletaient
Comme feuillets au vent
Mon amie la rose peut en témoigner
Mes mains n’en menaient pas large
J’ai balbutié :
« J’aime pas les rhododendrons… »
Tes lèvres ont fermé les miennes.
« Un p’tit gars c’est gentil
Avec ces mains, cette peau douce de garçon.
Caresse-moi … »
Souvenirs, souvenirs …
Tu veux ou tu veux pas ?
Je voulais
Tu voulais
Nous voulions
Nous nous sommes aimés sur un prélude de Bach
Que jouait la fille du proviseur
Juste au-dessus de nos têtes.
Le piano a rythmé nos ébats.
C’est quand le bonheur nous a submergé
Qu’elle a joué Tutti Frutti.
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot
Quand à la faveur de l’automne
Tu dégrafes ton corsage
Sur le lit de feuilles mortes
Quand tu m’y fais une place
Et que nous nous embrassons
Quand aux marches du palais, de ton palais
Je m’accroupis
Ma tant belle Margot
Quand tu me susurres : « Ne me quitte pas »
Quand dans la verdeur de mes seize ans
Je reviens te chercher
Sur un prélude de Bach joué par la fille du proviseur
Quand par la fenêtre, elle nous dit :
« Emmenez-moi où je dis tout à mon père. »
Quand tu me dis : « Elle je ne veux qu’elle »
Quand je vous caresse toutes deux, enlacées
Et que j’aime l’une et l’autre dans la verdeur
De mes dix sept ans.
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot.
Quand tu dégrafes ton corsage
Quant tu me fais l’amour comme à seize ans
Le copain de mon père nous surprend
Les braves gens n’aiment pas que …
L’irréparable est consommé
Il a prévenu le proviseur
Je lui ai dit : « Vous permettez monsieur
Que je baise votre fille ? Rassurez-vous
Nous ne mettrons pas nos noms au bas d’un parchemin. »
Il m’a répondu : « Tiens voilà du boudin !
Ma fille part dans un couvent près d’Amsterdam.
Elle n’a rien à faire d’une couleuvre du macadam
Qui se prend pour une vipère du trottoir. »
Tu pleurais, Margot. Elle aussi pleurait, sur un prélude de Bach.
« Votre fille a vingt ans, monsieur le proviseur,
L’année prochaine, nous irons dans un pays où il fait bon. »
Nous avons été virés du lycée, tous les deux.
Nous sommes partis sur la nationale sept, ensemble.
La bohème.
Ensemble.
Tu m’as dit : « Viens voir les comédiens.
On les a vus. Tu leur as dit : « Emmenez-moi. »
Ils t’ont répondu :
« Allez, viens on t’emmène. »
J’ai pleuré : « Ne me quitte pas. »
Non, rien de rien je ne regrettais rien.
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot.
Tu ne dégrafais plus ton corsage pour moi, Margot.
Et le compteur tournait, tournait, tournait
J’ai connu des vieilles, des vieux.
J’ai écrit sur un carnet à spirale combien je t’aimais
Je t’envoyais des messages personnels à tous vents
Je gravais mon amour sur les vagues de la mer
Je marchais à l’ombre pour respirer ta lumière
J’ai revu la fille du proviseur sur un prélude de Bach
Dans un bordel d’Ostende.
Elle m’a dit : « Si on chantait »
Mais la ballade des gens heureux
Sonnait faux
Elle dégrafait son corsage sur un prélude de Bach
Mais ses seins,
Comment te dire
Nourrissait ma maîtresse, cette madame Nostalgie
Qui ne me quittait plus.
Je n’étais qu’une âme en détresse
Que toute tendresse avait fui.
Je suis parti à l’étranger, seul.
La fille du proviseur a peur de prendre l’avion.
Au fur et à mesure de l’éloignement, j’ai vécu
Des amours de bric et de broc
J’ai même vécu avec un milord
Je passais ma vie en contrebande.
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot.
Je ne cessai de le ressasser chaque jour
C’est beau la vie quand l’amour la remplit
Je te voyais encore et encore dégrafer ton corsage
J’attendais l’apparition de tes seins
Comme un feu d’artifice
Jusqu’à cette soirée de paradis,
Jusqu’au bal des Lazes
Tu étais l’attraction de cette soirée
Ton striptease …
J’ai reconnu tes seins
Ils étaient devenus plus lourds
Mais c’étaient bien eux
J’en sentais l’aréole dans ma bouche
Une érection fulgurante
On ira tous au paradis
J’ai entendu le prélude de Bach.
« Seras-tu là à mon retour Margot ? T’ai-je demandé
- Tu t’en vas ?
- Non, je ne hurlerai pas avec les loups, ma louve. J’arrive au bout du voyage.
- C’est aujourd’hui dimanche. J’aime bien tes rhododendrons. Ils me manquent depuis tant de temps. »
Ma belle
Ma plus belle
Ma plus belle histoire
Ma plus belle histoire d’amour
Ma plus belle histoire d’amour, c’est toi Margot.
Et chaque soir quand tu dégrafes ton corsage
Pour moi
Rien que pour moi
Et chaque soir, quand tes seins, les plus voluptueux du monde,
Dansent dans mes mains, sous ma langue.
Nous chantons la ballade des gens heureux.

D.F.