La scolopendre et le grillon (fable)
Un petit chez soi vaut mieux
Qu’un grand chez les autres
L’histoire de la scolopendre glaireuse
Très coléreuse
Et du grillon bon apôtre
L’illustrera au mieux.
Maître Grillon mangeait de l’épeautre
En regardant dehors tomber la neige
Un mille-pattes sale et sans après-ski
Titubait un pied devant l’autre.
Le Giminy lui dit : « Quel sacrilège
De maculer cette neige tel un junkie
Vous pourriez y mettre du vôtre »
« Sans domicile fixe, je survis
O Maître du foyer …
Une fois les Don Quichotte partis
Plus de sursis
Pour nous autres les sans abris.
Ne restent que les loyers
A payer
Pour aboyer
Sans qu’on nous fasse chier. »
« Dégagez de ma chaussée
Va-nu-pieds
Avant que je ne bipe la maréchaussée
Craignez les gendarmes-policiers.
Ne soyez pas grossier
Ou j’appelle l’huissier.
Vous êtes sous l’œil de la caméra
Ne faites pas le fier-à-bras ! »
La scolopendre, dépitée, jura
De retourner vers sa toundra
Sans attendre un magistrat.
Quant au grillon scélérat
Il s’étouffa en mangeant un accra
Sous les rires de Tristan Tzara
Châteaux en Espagne
Pour la scolopendre
Villa de Cocagne
Pour le grillon trop tendre
Il ne sert à rien de nous plaindre
La liberté est notre destin
Plutôt que de feindre
Nous hâtons notre fin.
« Au moins dans notre cercueil
Les grillons domestiques
Ne nous imposent pas leur accueil
Avec leur diététique
Leurs diurétiques
Et leur triste éthique. »
Une fable mystique
Pour de drôles de loustics.
Dominique Friard