Sur fond jaune

Sur fond jaune

 

J’attends

Le stylo en l’air, interrogatif

Feutre vert

Sur fond jaune.

J’attends

Je déteste écrire en vert

Surtout sur une feuille jaune.

J’aime le noir

Le noir intense

Ah si j’avais un stylo plume

Un de ces véhicules gorgés d’encre noire

Je broderais quelques phrases

En noir

Pour tatouer le jaune

Le marquer

De lettres indélébiles.

 

Les mauvais ouvriers ont toujours de mauvais outils, sentençait mon père.

 

J’attends

La grande peau qui fume

Le vent que l‘on baisse

Le cœur qui traîne par la portière

Moi aussi, je pourrais

J’attends

Le stylo toujours en l’air

Mes pensées vagabondent

Saïd, silencieux, se concentre

Dehors, le vacarme des voitures

Vrille mon âme virevoltante.

 

J’attends

Le stylo au garde à vous

Que l’idée surgisse

Qu’un mot

Un seul

Se détache

Qu’une image s’impose.

 

J’attends

Le stylo rêve

Quels paysages visite-t-il ?

Quels visages rencontre-t-il ?

Il ne me le dira pas.

Secret tellement secret

Qu’il reste coincé

Entre mine et capuchon.

 

J’attends

Je recouvre le stylo

Comme on éteint une bougie

Peut-être qu’une larme de mot,

Qu’une image

S’en détachera

Et tombera sur la feuille.

Rien.

Mais j’en ai marre d’attendre !

 

J’attends

Mais sans espoir

Pas de bohème

Aujourd’hui

Je suis à sec

Tant pis

J’attends.

 

D.F.