Tricoter c’est trop dur
Mémé Olive tricote une écharpe mauve …
La pauvre écharpe finira abandonnée sur le canapé,
Parmi les autres écharpes,
Toutes tricotées par Mémé Olive.
Un canapé dans un salon désert.
Désert depuis la mort de Grand-père.
Des écharpes abandonnées.
Grand-père adorait les écharpes.
Chaque matin avant de partir à l'aventure
Il en choisissait une après mûre réflexion.
Un baiser sur le front de sa femme
Et parfois plus selon inclination
Et hop, il sautait sur son scooter.
Grand-mère, elle, ne sortait jamais de chez elle
Psychanalyste brodeuse qu'elle était.
Une maille à l'endroit,
Je vous écoute
Une maille à l'envers,
Vous avez rêvé que vous partiez à la pêche à l'espadon
Une maille à l'endroit,
Salope d'espadon !
Une maille à l'envers
Les associations libres se tricotent
Les métaphores se détricotent
Une maille à l'endroit
Une maille à l'envers
Un matin grand-père est parti
Sur son scooter des mères.
Il a choisi l'écharpe
Blanche et noire
Celle que Grand-mère Olive tricotait
Quand ils se sont rencontrés.
Grand-père n’est jamais revenu
De la pèche miraculeuse.
Mangé, croqué, avalé par l’espadon.
Salope d’espadon !
Une maille à l’endroit,
Pourquoi as-tu mangé Grand-père ?
Une maille à l’envers.
Il était le seul homme
A l’endroit
Que j’ai aimé
A l’envers.
Le droit doit changer,
Un point c’est tout.
Je suis veuve de pêche
A l’endroit, à l’envers.
Une maille.
Cent quatre-vingt-deux écharpes
En deux mois.
A la fonte des pôles, je serai prête
L’espadon ne m’échappera pas.
Il remplacera grand-père.
Dominique Friard
En hommage à Gisela Pankow