Ma tante Suzanne était parée comme un paon,
Toujours à ses doigts des bagues et sur ses épaules son vison.
Belle prestance et corps qui danse.
Ma Tante Suzanne faisait la différence.
Elle regardait le monde de toute sa hauteur
Mais posait sur moi, des yeux pleins de douceurs.
Elle étalait sa richesse, sa culture
Et pestait contre les caprices de la nature.
Pas de faux-plis, toujours une jolie mise-en-plis.
Ma tante Suzanne était la Reine du Mépris.
Elle était Femme, jusqu'au bout de ses ongles peints.
Et disait que tous les hommes étaient des crétins.
Ma tante Suzanne avait un sale caractère.
Elle était riche et en était fière.
Je me suis souvent demandée, pourquoi moi, elle m'aimait.
Elle qui de tous, se faisait détester.
Peut-être parce que tout simplement je l'aimais.
Et que de sa fortune je me fichais.
Parce que toujours un sourire je lui donnais.
Sans attendre en retour de la monnaie.
Ma Tante Suzanne n'aimait que moi.
Ma Tante Suzanne était comme ça.
2008-05-25 @ 12:41:48
Ombelle-La-Brune.blog.fr
Ma tante Suzanne à moi,
Ma Nonnina à moi,
Me racontait des histoires où les enfants étaient rois.
Rois de leurs rêves, qu'ils mettaient en actes;
Princes des actions d'éclat où l'honneur était la loi.
La mort n'était rien, l'esprit était tout.
Plutôt la souffrance que trahir ses amis,
Plutôt la mort au déshonneur...
Plutôt la vie que l'hypocrisie.
Ma tante Suzanne portait des noms multiples
Fratrie dispersée, frères et sœurs en souffrance
Prénom d'impératrice uni à des prénoms franchouillards
Jamais elles ne me racontaient, elles faisaient du silence leur identité.
J'écoutais, j'inventais des passés, elles m'ont donnée l'imaginaire.
Elles parlaient, se racontaient aux adultes, à elles-mêmes
Et moi petite souris, je grignotais le souvenir de leur vie.
o 2008-05-18 @ 13:00:35
Ma tante Suzanne portait toujours une étole.
De laine en hiver, de soie en été.
Elle parlait peu, écoutait beaucoup !
Plutôt que de médire, elle préférait penser !
Elle lisait beaucoup, elle écrivait un peu.
La douceur de son visage reflétait l'amour
Elle semblait, paisible, sereine.
Comme si le monde n'existait pas !
Pourtant, dans le bleu délavé de son regard,
J'ai lu toutes les misères du monde...
o 2008-05-18 @ 17:21:11
Ma tante Suzanne à moi, se prénommait Violette. Et bien qu'étant suissesse, elle était ma tante à la mode de Bretagne, une vague grand tante, en fait, dont je n'ai jamais compris quel était exactement son statut familial ! Tel l'oiseau lyre, sans cesse en mouvement, elle nous époustouflait, petit bout de femme, avec ses septante printemps, par son énergie infatigable. Même son mari, d'un flegme presque britannique, ne tentait même pas de calmer sa fougue. Avec son doux son accent vaudois, elle nous emportait dans un monde inconnu, peuplé de presque-cousins et de quasi -tontons, du violoniste qui avait dû abandonner sa carrière pour cause de psoriasis, du chanteur lyrique expatrié, qui avait changé de prénom, de l'oncle notaire jamais marié, du fait d'un mystérieux amour contrarié ...elle nous accompagna dans la découverte d'une parentèle étrange, incongrue, savoureuse à mon esprit adolescent, toujours prêt à découvrir un monde différent… Elle aimait tout ce monde, nous englobant dedans, et adoptant d'instinct, elle qui n'avait jamais pu avoir d'enfants, mon père comme un fils disparu, et moi comme une hypothétique dépositaire de l'histoire familiale.
2008-05-27 @ 00:35:29