Brogniet Eric

Brogniet Eric

 

 

ULYSSE, ERRANT DANS L'ÉBLOUI (extraits)

 

Le crépuscule peu à peu mange la lumière
Il vit par défaut : rien ni personne ne justifie
La nuit est originelle
Entre deux éblouissements
La beauté sera toujours cette chute

*
L'affection est une maladie sublime
Qui le frappe au fond
Comme un coup de grisou
Quand la vie est noire
À genoux dans la taille
Il tient debout à l'intérieur
Parce que le bleu des oliviers
Lui revient sur le ciel noir
Comme une découpe stellaire
Et que le destin, auquel nul n'échappe
Se conjure peut-être au prix des larmes
Du vent, libre, dans les collines
Et qu'à force de rêver
C'est-à-dire de vouloir
Vient le courage de voir
Au fond du noir la liberté
Des neiges fragiles
En allées au soleil

*
Je ne reviendrai jamais, dit-il
À l'instant de douter ou de redouter
Préférant alors en la dégradation
Au suicide de la liberté
La liberté du suicide…

*
Exilé dès l'origine, fallut-il ce voyage
Aux limites de soi-même, pour comprendre
Cette évidence?
                       Médée étouffe ses enfants
Et l'ouragan est plus sûr
Que son étreinte fillicide
À celui qui, rendu aux limites
Se prend à chercher quelle raison préside
N'est donné que de buter
Sur ses surplus d'ignorance

*
Alors, penser, c'est psalmodier
Chantonner dans le noir
Quand tout manque et manquera toujours
La langue, qui vient du corps
Réduite comme lui à se détruire
Inéluctable percée vers la perforation
Et le foutre constellant
La vie de leurs trous noirs

*
Et que soient maudits les dieux absents
Que soit maudit l'homme absent
Il assied sur ses genoux la beauté
Il l'a trouve amère et l'injurie :
Prophétie! Prophétie!
Entre les rives, estompées
Seul le flux foudroyé
L'égare encore en ce qu'il cherche
À force de repousser tes simulacres
Anus mundi…

*
Il ne répond de rien puisque rien ne répond
Cette errance est prophétique
Cette chute à l'abîme
Considérez la volupté du déclassement
Et des salissures : il n'existe nulle liberté
Sans jeter par-dessus bord les corps morts
Des augures
                   Toute fondation se fit au fil de l'eau
Par le rejet : c'est du ventre de l'esquif
Que surgit, avec la conscience des douleurs
Et de l'inique, la race qui se mit
À regarder en face le soleil



 

Brogniet Eric

 

Éric Brogniet est né à Ciney le 16 août 1956. Il a vécu toute son enfance dans la vallée mosane. Il réside actuellement à Petit Waret. Après avoir terminé ses études de documentaliste par un Répertoire informatisé des idées esthétiques de Diderot (Liège, Institut Provincial d'Études et de Recherches Bibliothéconomiques, 1980), il a travaillé un an comme catalographe au Service d'Inspection des Bibliothèques Publiques de la Ville de Liège. Il a ensuite dirigé, de 1981 à 1987, le Centre de Documentation administrative et juridique de la Province de Namur. Depuis 1988, il est chargé de mission à la Maison de la Poésie de Namur.

Membre de l'Association Internationale des Critiques Littéraires, il collabore à de nombreuses revues tant belges qu'étrangères, et dirige lui-même la revue Sources ainsi que la collection Poésie des Régions d'Europe, éditées par la Maison de la Poésie de Namur. Il est aussi le concepteur et le coordinateur du colloque interdisciplinaire Europoésie, dont la première édition s'est déroulée à Namur en octobre 1990.

 

Bibliographie

 

Poésie


Femme obscure, Paris, Chambelland/Le Pont de l'Épée, 1982
Terres signalées, Paris /coll. Poésie sans frontières, 1984. (Prix Hubert Krains 83, Robert Goffin 84)
Le feu gouverne, Lausanne, L'Age d'Homme, 1986. Prix Max-Pol Fouchet 1986
Usage du rêve, Valenciennes, Centre Froissart/ Coll. Cahiers Froissart, 110, 1987. Prix Pierre Basuyau 1987 et Prix L. Malpertuis de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique 1990
Les jardins de Monet, Amay, L'Arbre à Paroles/ coll. Buisson ardent, 1989
Asturies couleur du temps, Mortemart, Rougerie/coll. Poésie présente, 1989
Visage de Jeanne Modigliani, Alghero (Sardaigne), Nemapress Éd., 1990.
Cryptographie solitaire des astres, Châtelineau, Le Taillis Pré/coll. La Main à Plume, 1990
L'Atelier transfiguré, Le Cherche-Midi, 1993 (Prix Louise Labé)
Transparences, Les Eperonniers, 1992
Éblouie, traversée, Amay : L’Arbre à paroles, coll. Buisson ardent, 1995.
L'ombre troue la bouche, L'Arbre à Paroles, 1996 (prix Eugène Schmitz, de l'Académie)
Des oracles des muets, L'Arbre à paroles, 1996
Dans la chambre d'écriture, L'Age d'Homme, 1997 (Prix M. Carême)
Rhétorique de Sade, Amay : L’Arbre à paroles, coll. Textimages, Gravures originales de Jean-Claude Simus, 2000.
Nos lèvres sont politiques , Tétras Lyre, 2000
Autoportrait au suaire, L'Age d'Homme, 2001
Mémoire aux mains nues, Le Cormier , 2001
Une errante intensité (poèmes), avec des photographies de Bernard Gilbert, Bruxelles : Le Cormier, 2004.
La nuit incertaine, version bilingue français-nérlandais, trad. néerlandaise de Jan Miskijn , gravures originales de Luce Cleeren, Paris : TranSignum, 2004.
Parole et empreinte, livre d’artiste, avec Roland Castro, Paris : TranSignum, 2004.
La dénouante, livre d’artiste, Nantes : Editions Dana, 2004.
Un automne à Lujbljana, Colomiers : Editions Encres vives, 2005. Coll. Lieux.
L'olivier de Soukh Ahras, Paris : Transignum, 2005. Oeuvre d'artiste en coll. Avec Roland Castro.
La lecture infinie (poèmes choisis), Trois-Rivières (Québec) : Ecrits des Forges, 2005.

L’œuvre poétique est publié en presqu'intégralité en deux tomes: Poésies I et Poésies II chez L'Arbre à paroles, Amay, 2002.

Essais critiques

Les ailleurs d’Henri Michaux : actes du colloque international, Namur, octobre 1995, Namur : Sources, 1996
La poésie arabe moderne : vers un nouvel humanisme ?
, La Renaissance du Livre, Tournai, 2001

Christian Hubin: le lieu et la formule, Avin : Editions Luce Wilquin, 2003. Coll. L’œuvre en lumière
Jean-Louis Lippert: approche du narrateur en aède, athlète, anachorète, Avin : Editions Luce Wilquin, 2003. Coll. L’œuvre en lumière.