Jégou Alain
soulèvement des effluves marines
déchirure d'un couchant de granit
les ports aversent des brumes bleutées
opaque des gencives sous l'étreinte d'alcool
ça sirupe de boucaille dans les regards immobiles
ça détrône du vif dans l'irrespirable de psaumes
à dégrossir des furies de houle
des écarts de vents sous les lambeaux d'un ciel d'angoisse
les pétales de lune voisinent avec les voiles
dans les torpeurs de calmes plats
où faseyent les cœurs
où murmurent les grèves dénudées
les feux du large clignotent comme ceux d'un claque bondé
cœur embrumé qui en partance
sous la gîte du crâne
s'estompe dans l'espace mauve du couchant
lui reviennent litanies
parcelles d'attouchements
étreintes au ventre d'une poulie coupée
les images frisées dégoulinent en plein silence
des nuages courent sur la mélasse du crâne
un grain creuse dans la nuit
une douce hémorragie sous le scalp des vents portants
de suroît soudaine réalité de trime
fièvre
la mer querelle les étoiles
l'urine fraîche des vagues lessive la douleur
du partir
brûlure enfouie sous la poudre d'écume
il reste de l'exil à parfaire le sillage
les geste de survie sont minoritaires
De l'errance ordinaire, 1979
Alain Jégou
« Je suis né à Larmor-Plage, à une petite centaine de mètres de l’océan, le 7 octobre 1948. Mes parents habitaient à Lorient, ville détruite à 99 % durant la guerre et pas encore totalement reconstruite en 1948. La maternité de l’hosto ne pouvant assurer tous les accouchements, et y’en avait un max en ces années du baby-boom, ma mère m’a mis au monde dans une "baraque américaine" transformée en clinique.
Le climat familial était excellent. Lorsque j’avais cinq ans, mes parents ont quitté la ville de Lorient pour s’installer en bord de mer, dans cette maison du Fort-Bloqué dont j’ai hérité à la mort de mon père et où je vis aujourd’hui. Comme tous les mômes de l’après-guerre, j’ai eu ce privilège de pouvoir vivre et m’éclater au grand air, libre de tous mes mouvements et déplacements sur ces rivages sauvages, pas encore bouffés par le bitume et le béton. Mes parents, très occupés par leur boulot, nous déposaient, ma sœur et moi, à l’école le matin et nous récupéraient le soir. Durant les vacances, nous étions livrés à nous-mêmes et nous éclations avec nos copains et copines sur la plage et dans les dunes. »
Extraits du blog L'Univers poétique d'Alain Jégou de l'exposition présentée à la médiathèque de Quimperlé du 3 février au 29 avril 2009.
Poète français, né en octobre 1948 à Larmor-Plage (56), Alain Jégou a été marin-pêcheur à Lorient pendant une trentaine d’années. Il traquait autant les poissons que les mots. Proche des poètes de la Beat Generation et des Amérindiens, sa poésie fleure les vents du large et les chairs salées des territoires affranchis.
Alain Jégou a obtenu le Prix Livre et Mer Henri Quéffelec 2008 au festival Livre et Mer de Concarneau, pour Passe Ouest et Ikaria LO 686070, publiés aux Éditions Apogée. Alain Jégou est également lauréat du Prix Xavier Grall 2008 pour cet ouvrage.
Bibliographie d’après Wikipedia