Martin Yves
Bureaux doux comme du pollen. Calme passionné.
Pas du tout celui d’un dimanche ordinaire.
Douleur livrée aux traîneaux, aux cabanes, à de lumineuses fanges.
Sable partout. La chair craque. Très désagréable.
De la rue Le Peletier, la Butte est une ville d’eau
abandonnée,
Friable de tous ses fiacres immobiles.
Celle-ci. Celle-là. Je me retourne. Leur beauté contre mon ignoble santé.
Je suis à jamais l’homme des pantalons maladroits.
Même les cinémas ont perdu leurs mèches.
Perversion, perfection du Midi-Minuit, vous me manquez
déjà.
Je fais semblant de trouver drôle ce curieux phénomène.
Mes cellules qui s’échappent de moi comme d’un polochon.
extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004.
Après des études effectuées à Paris, Yves Martin (1936-1999) trouve un travail dans le notariat mais c’est à la poésie qu’il s’intéresse. Arpenteur des rues parisiennes, amis des bistrots, Yves Martin retranscrit ses rencontres et sa vie par une prose poétique où surgit le trivial et l’insolite.
Egalement passionné de cinéma, il crée avec Bertrand Tavernier et Bernard Martinand le ciné-club « Nickel-Odéon ». Il est également spécialiste de cinéma : il publie Le Cinéma français 1946-1966 (1998) et Les Rois ambulants sur le cinéma pornographique.
Il publie son premier roman en 1964, Le Partisan, puis Le Marcheur (1972), Je fais bouillir mon vin (1978, poèmes), Je rêverai encore (1979). Il publie plusieurs poèmes inédits dans la revue Possibles n° 18-19, en 1979.
En 1987, il publie Retour contre soi et Visions d'Anvers. Il reçoit le prix Apollinaire en 1991 pour l'ensemble de son œuvre.
Jean Hurtin, dans le Dictionnaire des poètes, proposé par le Magazine Littéraire, n° 247, novembre 1987, le présente comme un « promeneur doté d’un regard assidu, quelque peu voyeuriste, où tiennent des flâneurs licencieux, des passantes aux hanches malicieuses, des familiers de zinc au verre toujours empli de pichtogorne, des bistrotières au « jacter majeur », des jeunes filles prometteuses, beaucoup d’anonymes grouillants et trépidants. »
Œuvres, d’après Wikipedia