Nedelec Robert
Jour, concède-t-on en tendant la deuxième joue, je vous dis jour et, le déclarant nouveau, je sors donc en même temps, d’en dessous de mes paupières, la boîte claire dont il était convenu qu’elle ne pourrait me paraître telle qu’à la seconde où je tomberais au sol sous la violence de vos coups, après effacement complet des traces de colle ou de doigts, sur la peau en particulier, ou au dos de l’image, je vous dis jour, car qui peut jurer, au motif qu’il ferme parfois les yeux, avoir à jamais perdu ses marques, et qui n’être plus capable d’enjamber les pires chutes ni de se livrer à ses paisibles exercices d’équilibre et de survie – je dis jour, parce que l’on funambule, sans renoncer pour autant au confort de sa surface, d’une nuit à la suivante, que l’on se décrit en marche alors que l’on est étendu, et que tremble, comme au début, dans la terre que l’eau recouvre et dévoile tour à tour, un vieux cœur mal disparu dont affleurent les racines… Jour, souffle-t-on pour terminer, et même si l’on en bouche en hâte les fissures et en dissimule les trous, il reste qu’à l’heure où s’estompe la saison, on sait que l’on a toujours eu un trait de clarté dans la voix, que l’on se fût trahi en l’effaçant et que l’on eût alors vite senti la cave ou la tombe… Oui, je vous dis jour, et que tout peut advenir, et je vous dis aussi qu’il est une île à un jet de mots du rivage – oui, je vous dis île, et, comme de tout côté nous l’entourons de nos eaux, je vous dis enfin qu’il faut tantôt comme la mer ruer à mort dans les rochers et tantôt se regarder mourir doucement sur le sable…
(Extrait de «Entouré d’eau de tout côté» - inédit) trouvé sur le site « printempsdespoetes.com »
Nedelec Robert
Robert Nédélec est né en 1946 à Saint-Pol-de-Léon (Finistère). Il partage son existence entre la Bretagne et la Provence, où il réside aujourd’hui. Il a édité une vingtaine d’ouvrages, en particulier aux «Editions de l’Arbre» (Jean le Mauve éd.) et à «L’Arrière-Pays». Il a également collaboré à de nombreuses revues, en France comme à l’étranger. Il a reçu le prix Louis Guillaume du poème en prose pour son recueil « Contre-Jour », paru aux éditions L'arrière-Pays, en 2007.
Bibliographie, d’après le Printemps des poètes.
Des racines autour du cœur, Oswald (1971)
Nœud des délivrances, Edmond Thomas (1974)
Corde raide au-dessus des chutes, Millas (1975)
Le bon vivant, Le dé bleu (1976)
Jeu d’ombres, d’algues et de laine, Apostrophe (1977)
Le bon vivant, 2° éd. augmentée, Jean Le Mauve (1978)
Poème du pays qui a feint, Cyclope-DEM (1979)
Lieu d’yeux et de lait, Jean Le Mauve (1980)
Sang n’étant pas divisible par toi, Quintefeuille (1981)
Le pouls des pierres, in Froissart (1983,Prix des lecteurs)
Faute d’ombre, in Froissart/28 (1984), JC Belleveaux (1997)
Les masques embusqués, Encres Vives (1985)
Fasse l’exil, Texture (1985)
Les choses par leur nom, Le dé bleu/La Bartavelle (1987)
Sache que dans ce corps, Jean Le Mauve (1988)
Le chemin de l’aven, Jean Le Mauve (1990)
La belle affaire, Jean Le Mauve (1994)
D’elle, dit-il, Jacques Josse (1997)
La page double, L’Arrière-Pays (1997)
Contre-jour, L’Arrière-Pays (2007, Prix Louis Guillaume)
Double tour, Rafael de Surtis (2008)
«Effets d’annonces» suivi de «Carré chinois», N&b ( 2009)
Deux ouvrages à paraître en 2010 (Ed. Multiples/ Fondamente et Jacques Brémond)
Textes dans de nombreuses revues dont, dernièrement, Arpa, Autre Sud, Le Chemin des livres, Diérèse, Encres Vives, Europe, Friches, Multiples, N4728, La Passe, Rivaginaires, 7 à dire…