D’une autre trempée …
Nous les extravagants, les bohèmes, les fous,
Nous qui aimons nous enflammer pour une métaphore,
Nous qu’une allitération émeut jusqu’aux tréfonds du cœur,
Nous qui lisons, crions, hurlons la poésie d’un songe d’été,
Nous qui ne sommes que plainte métaphysique, malédiction aux cieux,
Nous qui pleurons l’amour perdu, retrouvé, perdu, pendu, suicidé,
Nous qu’une plaisanterie raciste, qu’un tutoiement désinvolte, révolte,
Nous qui affûtons les couteaux de notre identité lyrique,
Nous qui sommes gardés à vue, palpés, sondés, abandonnés,
Nous qui n’arrivons pas à nous dégriser dans leurs clapiers policés,
Nous poètes de quatre sous et de six quatre deux,
Nous que le fric en frac défroque, nous qui n’aurons jamais de rollex.
Nous que le sexe attire, nous que le sexe appelle, nous des corps,
Nous des caresses infinies, nous de la tendresse, nous de l’instant,
Nous des nuits brèves, nous des passions partagées, nous de la vie,
Nous des utopies, nous des rêves, nous de l’idée, nous des sentiments,
Nous d’une autre trempée et d’une singulière extase,
Nous que clame Léo Ferré
Nous et notre sœur la violence, nous qui sévissons sur les blogs,
Sur les sites, sur tous ces réseaux asociaux.
Nous qui ne sommes pas que nombril
Nous écrivons aussi pour Haïti, ses poètes amis, ses peintres,
Son peuple qui aspire à la liberté.
D.F.
D'après un poème du poète haïtien Carl Brouard.