Le dernier souffle
« Il est mort le sommeil quand tu m’as quittée »
La petite chanteuse des rues pleurait à tue-tête.
« Il est mort »
Une neige ocre tombait à gros bouillons.
Despotique, elle ensevelissait le paysage glabre
D’une cité abandonnée.
« Le sommeil quand tu m’as quittée.
Il est mort l’été »
Un Noël, sans cadeau, ensemençait une terre
Que l’espoir avait déserté.
La neige engloutissait la pauvre enfant
A moitié nue.
« Il est mort le sommeil. »
Elle chantait la petite Piaf.
Sa poitrine frêle hoquetait
Un désespoir presque neuf.
Au milieu des ruines, nul ne passait plus.
« Quand tu m’as quittée … »
Il neigeait des flocons aussi noirs
Que des grains de caviar.
La ville était lépreuse. Ses immeubles rongés
Redevenaient poussière.
« Il est mort l’été. »
Elle claquait des dents la petite chanteuse de rues.
Elle n’avait jamais connu ses parents.
Ni mère, ni père.
La vieille femme qui l’avait élevé dans un abri de fortune
S’était éteinte à son tour.
L’enfant pleurait la seule chanson
Que connaissait l’ancêtre nourricière.
Sur la terre morte, il ne restait plus qu’elle.
« Il est mort le sommeil quand tu m’as quittée
Il est mort l’été. »
Elle s’est répandue à terre.
Un dernier souffle de vie,
Le dernier sur cette terre détruite par la folie des hommes.
« Il est mort l’été. »
D.F.