Le ventre gros (suite III)

Le ventre gros (suite III)

 

 

Tu es enceinte, catholique et vit chez tes parents
Ton homme qu’on a chassé de France n’était pas tout blanc
C’est juste car c’est un crime de naître Marocain
L’œuf dans ton ventre grandit comme ton amertume
L’avortement c’est cher et tu désires l’enfant
Il est l’ultime fragment de ton si bel amour
Tu te sens vivre, tu ris, tu crées, tu es pleine
Tu vas être mère et ton cœur frémit de joie.

 

 

Femme, tu devras faire des enfants
Dans les sacrés liens du mariage
Tu seras objet de plaisir
Mais point ne devra avorter
La patrie a besoin d’enfants
Qui chômeront comme leurs parents
S’entretueront pour de l’argent
Femme, ta démission est sacrée !

 

 

Tu vas être mère et ton cœur se serre et panique
Sera-t-il normal ? Dieu punit l’adultère
Tes amies t’oublient. Tu t’es oubliée en juillet
Le soir tes parents mâchonnent leur irritation
Le silence lourd, si lourd qui s’installe au repas
Ta mère qui renifle sa tristesse, son chagrin,
Ton père ivre qui gueule que son nom est traîné dans la boue
Il ne passera pas contremaître, c’est compromettant.

 

 

Femme, tu devras faire des enfants
Dans les sacrés liens du mariage
Tu seras objet de plaisir
Mais point ne devra avorter
La patrie a besoin d’enfants
Qui chômeront comme leurs parents
S’entretueront pour de l’argent
Femme, ta démission est sacrée !

 

 

Les conversations s’interrompent quand tu passes
On lorgne ton ventre où luit la marque du péché
Des larmes baignent tes yeux et ton triste quotidien
Tu devras accoucher seule dans la souffrance
Ta mère voudrait bien mais elle n’ose pas
Ton père travaille et le patron est calotin
Celui que tu aimes croupit là-bas en prison
Tu gémis, tu pousses, tu cries, tu pousses : ton Christian est né.

 

 

 

(A suivre !)