Somnolences (Suite)

Somnolences (Suite)

 

Niché contre la Loire, Paimboeuf, mon bled somnole
Ici, les jours s’éparpillent en un long crachin
Un à un, les cafés se fanent et s’éteignent
Titubant d’alcool et d’ennui, nous rejoignons notre chacune
Les téléviseurs somnifères s’affaiblissent et meurent
Le marchand de sable ferme nos paupières en bâillant
Il distribue des rêves pas frais comme pour s’excuser
De cette vie morne, triste et sans intérêt
Un silence navré s’étend sur Paimboeuf
Silence de mort, silence de vie parenthèse.

Un bâillement, des bras et des jambes s’étirent
Sur le matelas Tréca acheté à crédit comme le pavillon
La femme aux cuisses entrouvertes attend le coït furtif
On fera l’amour comme on prend une cuite
Pour oublier la grisaille, cette vie qui s’alanguit
Le rêve, ultime couverture, nous protège,
Nous fait frémir, vivre enfin et rire de plaisir
Ici, le cinoche déserté ne fait plus recette
Ces films de cul ne font même plus bander
Des jeunes saturés de vie à crédit.

 

 

Si tu montres patte blanche, tu seras bien vu
Ce n’’est pas qu’on soit raciste, non on s’en fout
On te laissera crever de solitude
Sous l’œil chiasseux des mégères qui s’ennuient
Ici, la vie privée n’existe pas
Tu ne t’appartiens pas, tu es public
Tu n’es qu’un sujet de conversation
Un rempart contre le vide qui sévit
Et la Maison des Jeunes sans argent
N’est qu’une garderie où l’on joue à faire semblant.

 

 

L’hiver, les civelles illuminent la Loire
La parent de longs filets opalescents
L’été c’est la Loire dépotoir poubelle
Mon bled, c’est le paradis perdu de mes copains
Qui montent à Paris chercher du boulot
C’est la nuit feutrée pour les amoureux
Le phare complice clignote de plaisir
La Loire gémit. Elle rythme les cœurs
C’est la seule communion possible dans ce néant
Elle s’évanouira emportée par les vagues folles.

 

 

(A suivre !)

 

 

D.F.