Circonflexe

 

 

 

Volcan d’amertume

Je crache

Je crâche avec un circonflexe,

Sans complexe

Je crâche mes sarcasmes

Sur le pauvre petit pantin que je suis

Sur le pauvre petit pantin

Qui s’essouffle à croire

A croire qu’il croît

Toujours avec un circonflexe.

 

 

Je suis ma propre prison

Mes cinq sens autorisés

Banalisés

Standardisés

Ma culture confiture, déconfiture

Turelure

Sans circonflexe

Mon estomac dans mon talon d’Achille

Et mes intestins qui débordent

Qui n’en finissent plus de déborder

La civilisation

Mon avenir

La vie en société

L’homme est un lupus érythémateux pour l’homme

Et ça gratte, ça gratte, ça gratte

Sans circonflexe

Mon besoin de sécurité

Sept sur l’échelle de Maslow

La Morale,

Mon gouffre stomacal

Mes parents déparentisés

Mes parents, mes pauvres parents,

Mes pauvres, pauvres, pauvres parents

La honte

La honte

Je ne suis qu’un pauvre honteux qui se ronge les doigts

L’honneur

Mon sexe aux grandes idées libérales

Libérables

Ce qui se fait

Ce qui ne se fait pas

Et mes intestins

La politique nécrologique

La première chaîne et toutes les autres

L’alcool vampire qui me boit

Encore et encore

Mon psychiatre

Mon chivas,

Mes pastilles à la menthe

Mon trop plein de violence qui m’explose à la figure

Mon trip,

Mon herbe trop verte

Ma dose,

Ma seringue

Mes Stones

Sans circonflexe

Libé

Et les notes de la claviste

Le bien être

Le vote de gauche

Et l’âme qui passe

 

 

Bienvenue dans ma société carcérale

Je suis mon propre prisonnier

Mais bientôt, ce sera pire

Je m’englue dans l’univers somnolent

De ma fébrile médiocrité

A votre bon cœur !

 

Nous zautres humains vivons

Notre sarabande dérisoire

Enfermés dans nos tragédies touristiques

Notre râle écologique

L’indice des prix

Le droit de vote

Le droit d’applaudir

Nos petites guéguerres

La retraite à …

La traite dès que tu es en âge de pointer

Nos marginaux normalisés

Nos états d’âmes enregistrés, comptabilisés

Société du spectacularisés

Nos absolus à la petite semaine

Nos amours faut-il qu’il m’en souvienne

Emprisonnés dans la liberté sexuelle

Et mes intestins

Sans circonflexe

L’avortement qui dore la pilule

Le paradis programmé par le Grand Ordinateur des Pompes Funèbres

 

 

1978, la Terre

Et ce sera pire demain

1978, la Terre, notre Terre

Une léproserie,

Un cimetière

Où la nature couverte d’escarres agonise

Les espérances pourrissent dans les charniers

Dans vos linceuls achetés à crédit

Agite ta crécelle homme

Tu n’es bon qu’à vénérer

Et à haïr aujourd’hui ce que tu vénérais hier …

 

 

Si je déverse sur toi mon venin crématoire

Si je torture dans l’espace de ma chambre tes certitudes

Si j’enferme ton âme dans un étau

Et que je serre, que je serre

Si je tue aveugle

Sans espérance à prospecter

Si je crève de haine

Avec tous mes circonflexes

Si sans que tu le saches je te mène une guerre sans merci

C’est que tu es mon frère !

 

 

 

D.F.