Au bar des ombres
Attablé au bar des ombres
Un bloody Mary devant moi
Je sirote seul
Avec la pensée de toi qui me désaltère.
La pitié s’est réfugiée dans un livre
Oublié sur une étagère.
La vertu des femmes soupçonneuses
Est de scruter la vie jusqu’à l’impossible.
La grâce s’est enfuie dans le train de nuit.
Tu es plus belle que la mer qui tempête.
Tu es plus dure que la neige
Qui titube dans les champs.
Les clients du bar passent
Quelques conversations me pénètrent
Quelques effluves de mots
Je sirote seul
Avec la pensée de toi qui me désaltère.
L’ultime bataille s’est engagée.
Je ne rêve plus.
L’amour peut-il triompher du passé ?
L’angoisse qui dévore sera-t-elle la plus forte ?
Mieux vaut se dissoudre que vivre cette harmonie.
Et mes mots, tous ces poèmes que j’ai brodés,
Sont un pesant fardeau
Pour qui condamne sans rémission.
Ô jardin de mes vœux !
Nos yeux grands ouverts regardaient l’avenir
Avec confiance.
Il faut mettre une burqa sur les mots.
Ils sont beaucoup trop dangereux.
Le bar va fermer.
Il ne reste plus que moi.
Je dois payer mes consommations.
L’amour titube dans mon cœur.
Je me lève et pars dans la nuit.
La pensée de toi me désaltère.
Une femme plus belle que la vie
Je ferme les yeux
Le train s’est enfoncé dans la nuit
Prenant en otage ma vie, mon amour.
Il me reste un petit matin
Ses yeux dans les miens
Une caresse
La vie, cette chose inquiète
Qui ne renonce pas.
D.F.