Au pied de tes bourreaux
Qui te guidera,
Mon pauvre chien abandonné,
Dans les méandres de la mort ?
Qui t’accompagnera,
Mon pauvre ami torturé ?
Chien couleur de soleil,
Compadre jusque dans la tombe,
Tu étais l’ultime boussole
Des hommes, mes semblables,
Dans l’éternelle nuit.
Race ingrate,
Ils te laissent mourir
Aujourd’hui
Dans l’indifférence.
C’est de l’art disent-ils
C’est une performance claironnent-ils.
On n’assassine Mozart
Que symboliquement
Une mise à mort,
Jamais
Ne sera de l’art.
Je hurle avec toi,
Pauvre chien affamé
Tu tournes, tu vires
Tu tires sur la laisse
Qui t’emprisonne
Les clic-clacs
Des appareils numériques
Mitraillent ton agonie
C’est de l’art, vomissent-ils
En s’extasiant des limites
Constamment repoussées
Par l’avant-garde.
Je hurle avec toi,
Mon chien d’ami.
Pas une caresse
Pas une miette d’attention
Tu traines ta carcasse
En gémissant
La faim tord tes boyaux
C’est de l’art, revendiquent-ils.
Sans comprendre qu’en te tuant
C’est la culture qu’ils assassinent
La possibilité même d’une culture.
Je pleure, ami andalou,
Je pleure sur le retour de la barbarie
Ton assassinat, ami chien,
Pas plus qu’une pipe n’est une œuvre d’art.
A la fin de l’exposition,
Tu ne te relèveras pas
En remuant la queue
Sur la place de grève
C’est ton bourreau qui aura
Quelqu’os à ronger.
Xoloth, dieu-chien des anciens Mexicains
Comme tu avais accompagné le Soleil
Dans sa course souterraine.
Tu accompagnais les hommes
Dans leurs tombes.
Aujourd’hui les cercueils sont vides
Les hommes les ont désertées
Ils errent sur la terre
Comme des morts-vivants
Qui auraient vendu leur âme
Contre un peu d’avoir.
Les cynocéphales égyptiens,
N’emprisonnent plus les ennemis de la lumière
Ils ne gardent plus les Portes de lieux sacrés
Désertés.
Anubis n’est plus
Cerbère a été muselé
Et tu gis, mort, aux pieds de tes bourreaux.
D. F.