Comme un rivage fatigué

Comme un rivage fatigué

 

Longueur du temps

Ca commence sur un rivage

Sur un visage

Que le vent ride

Et ça roule

Roule

Jusqu’au bas d’une côte

Sans fin ni lien

Comme au fond

Comme au fond

Comme au fond

D’un vieil habitant

Que la mer éparpille sur la plage

 

Sur la plage

Un lieu,

Un rivage fatigué

Fatigué

Unique au monde

Déserté des vivants

Du brouhaha

De toute rumeur humaine

Mon royaume

Pour un chant de cormoran

De cormoran

 

Un rivage fatigué, déserté

Un paysan sans terre

Un marin sans port

Une maison abandonnée

Le linge sèche, encre sur le fil

Donges

 

Ils marchaient

Sans savoir

Sans savoir

Sans savoir

Ils voulaient s’embarquer

Partir

Mourir sous les arcades

Comme on accoste sur un rivage fatigué

Abandonné

 

Ils se répétaient le monde

Un monde où

L’on ne feindrait pas de vivre

Où l’espérance gonflerait les voiles

Un rivage plat, tout plat

Comme un polder

Plus bas que la mer

Plus bas

Plus bas

Toujours plus bas

Toujours plus souillé

Donges

Quel trésor oublié

Quelle malle à secret

Et le pétrole

En guise

En guise

En guise

De lumignon

 

Accorde-moi un regard

Une lueur

Sans toi, je n’existe pas

Mon cœur s’endort comme un rivage fatigué

Abandonné

Déserté

Un ultime rivage

Ecroulé de blocs de béton

Un rivage aux tempêtes plutoniennes

Et une encre noire comme la nuit

Comme un antique volume empoussiéré

Comme un mensonge

Galactique

Que les corbeaux croassent

Un rivage fatigué

Aux pins cachectiques

Aux équipages désespérés

Hors la nuit

Du ratafia pour les hommes

Leurs visages lourds comme autant de moi-même

Leurs sexes bleuis

Qui se relèvent

Et retombent

Fatigués

La chair est triste

Il n’y a plus de livres

 

Un rivage fatigué

Déserté des oiseaux de passage

Ils marchaient mes camarades, mes frères

Ils marchaient

L’angoisse au cœur

Vers un embarquement

Vers un navire qui les emporteraient,

Les emporteraient

Pour n’importe où

Pourvu qu’ils les embarquent.

 

Marchez camarades !

Marchez encore !

Dans la lande

Dans les marais

Marchez camarades

Les oiseaux de mer, sinistres albatros

Ne sont plus qu’oiseaux de malheur

Que kraken désabusés

Qui font rire les amateurs de gore

 

Je voudrais, je voudrais

Comme autrefois

Jouer avec le vent

Souffler

Encore

Clarinette dans la tempête

Clarinette qui file les sons

En jouant avec le vent

Souffle Eole

Les quais sont désertés

 

Je suis un rivage fatigué

Abandonné

Trahi 

 J’écouterais même un « Je t’aime »

Qui ne me serait pas destiné

Pas destiné

Clarinette sur la plage,

Dominique

Dévisage-là

Elle n’est plus abonnée

Elle est froide comme la boule d’une roulette

Tu n’as pas misée sur la bonne case !

 

Un rivage abandonné, offert à tous les vents

A toutes les tempêtes

Vacant

Un rivage cadeau

A ouvrir

A déficeler comme un cœur offert

Qui n’attendrait qu’un regard

Pour battre

 

Un rivage fatigué

Où s’échouent les baleines

Et quelque cormoran emmazouté

Donges

Ils marchaient mes camarades

Ils marchaient

Et je n’étais qu’un rivage fatigué

 

Un rivage

Une lumière

Un phare minuscule

Une terre à habiter

Un réceptacle à histoires de marins perdus

Marchez camarades 

Le pot au noir ne durera pas.

 

Longueur du temps

Ca s’achève sur un rivage

Sur un visage

Que le vent disperse

Et ça roule

Roule

Jusqu’au haut d’un sapin

Que l’amour tintinnabule

 

Mon amour, mon amour

Un rivage fatigué

Entre deux mers

Un rivage qui espère encore

Les bateaux, les marins

Les filles à matelots

Le rhum qui coule à flots

Les cris des dockers qui s’apostrophent

Et les mouettes qui s’interpellent

Les épices

Vent debout

Marchez camarades, je vous attend

J’attends vos histoires

Vos récits

Vite les rires, les jurons

La passion

Donges revivra !

 

 

 

 

 D.F.

 

 


 

Dernière mise à jour de cette page le 07/10/2009